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Tisiphone est amoureuse. Chapitre 14 : Le délibéré

  • StanislasMleski
  • 22 avr. 2021
  • 14 min de lecture



Bernard passait un de ces dimanches moroses auquel il était habitué depuis que sa femme était décédée. La matinée se déroulait à jouer aux courses au PMU en sirotant des pastis, la boisson du dimanche. En sortant du bistrot il se rendait chez le Marcel, le boucher auquel il achetait rituellement un onglet pour midi et du jambon séché accompagné d’une salade de céleri pour le dîner. Ensuite il rentrait chez lui, cuisinait sa viande dans la poêle préférée de sa chère disparue et s’installait dans la salle à manger après avoir allumé une bougie à l’endroit où Thérèse s’asseyait. C’était un peu comme si elle était avec lui. Il vaquait ensuite à des obligations domestiques après une sieste dominicale favorisée par les quelques verres de Côtes-du-Rhône du déjeuner.

Il avait tout juste fini de passer l’aspirateur dans la maison quand la sonnerie du téléphone retentit. C’était Adèle très énervée :


- Mais j’essaie de vous joindre depuis une heure !


Décontenancé, Bernard lui répondit qu’il n’avait pas entendu les sonneries du combiné à cause du bruit de l’aspirateur. La journaliste se détendit devant une situation si ridiculement banale et ne put s’empêcher de plaisanter :


- Vous êtes le seul homme qui fait le ménage pendant que j’essaie de le joindre !


Puis reprenant son sérieux :


- Je dois vous voir d’urgence.


Et sans attendre sa réponse, elle annonça avant de raccrocher :


- Je commande un taxi et j’arrive.


Le chauffeur qui était celui de la veille resta bouche bée en voyant Adèle quitter l’hôtel habillée en irrésistible séductrice. Elle portait un jean moulant et un t-shirt si fin et si serré qu’il frisait l’indécence. Sa cliente à peine assise, il l’observa dans son rétroviseur avant de lâcher :


- Eh bien, il a de la chance notre inspecteur !


Adèle esquissa un sourire et la voiture démarra.


Bernard qui était contrarié par l’intrusion de la journaliste avait la ferme intention de lui faire comprendre qu’il n’appréciait pas ses méthodes. À l’arrivée du taxi il l’attendait sur le perron, campé sur ses jambes et les mains sur les hanches mais il se ravisa en la voyant sortir de la voiture habillée comme si elle était nue et incroyablement belle. Son ressentiment avait fondu aussi vite qu’une glace dans un micro-ondes. Elle avança vers lui les seins en avant. Bernard n’eut pas le temps de lui demander les raisons de sa visite car elle se jeta sur lui pour l’embrasser. Elle l’enlaçait et se collait contre lui et il abandonna toute résistance. Bouche contre bouche elle le conduisit vers la chambre à coucher pendant que les mains de Bernard qui parcouraient son corps incendiaient ses sens.



Arrivés dans la chambre il tomba en arrière sur le lit. Adèle resta debout, planta son regard dans le sien et descendit son jean, Bernard toujours allongé et immobile la contemplait sans comprendre vraiment ce qui se réalisait comme s’il vivait un rêve éveillé. Avec un grand sourire elle se pencha vers lui, lui retira son pantalon et s’assit sur lui avant d’entamer une danse amoureuse frénétique qui s’acheva par une explosion de plaisir. Après quelques minutes de récupération, Bernard lui demanda tendrement et avec humour :


- Tu ne m’as toujours pas dit pourquoi tu étais venue.


La journaliste avait immédiatement retrouvé ses esprits. Dans un premier temps, elle lui répondit avec son art consommé de la séduction :


- D’abord pour te voir.


Réponse qui arracha un sourire à Bernard avant qu’elle ne se lance :


- Je suis à un moment décisif de ma carrière. Le Conseil Supérieur de la Vengeance prononcera son jugement vendredi et je veux recueillir les réactions des trois candidats. Je dois les interviewer au plus tard après-demain si je veux avoir le temps de rentrer, de monter le sujet et de le diffuser juste après le verdict.


Naïf, Bernard l’interrompit :


- Dans deux jours nous serons mardi. Comment peux-tu leur demander de réagir à une décision qui sera rendue vendredi ?

- C’est une question de montage, je formule la question au conditionnel comme s’ils étaient choisis, ils me répondent et je coupe la question au montage.

- OK, mais en quoi suis-je concerné ?

- Il faut que tu convoques les trois candidats au commissariat !


Ébahi, l’inspecteur s’étonna :


- Mais pourquoi au commissariat, il suffit que tu ailles les voir à l’EHPAD.

- Non, répondit Adèle, les déesses de la vengeance qui rôdent dans l’établissement s’y opposeraient car les rouages du destin comme la vengeance doivent rester secrets. Tu les convoques comme témoins de la disparition et moi je les questionne et je les enregistre ;


Un lourd silence succéda à cette déclaration. Bernard réfléchissait et Adèle attendait sa réponse. Très embarrassé, il répondit :


- Je pourrais les convoquer comme témoins mais je n’ai pas le droit de les entendre en ta présence. Dans les minutes qui suivraient ton entrée dans mon bureau le commissaire serait averti par les collègues et débarquerait pour te virer.

- Et ça foutrait tout en l’air, renchérit-elle dépitée.


Mais elle n’était pas du genre à abandonner si près du but. Bernard soulagé d’avoir écarté le problème, était levé pour boire un verre d’eau quand elle s’exclama :


- J’ai la solution. Je te prépare les questions et tu les leur poseras. Il revint dans la chambre et rétorqua :

- Mais je n’aurai pas de caméra !

- Mais si, je te prêterai une caméra grande comme une boîte d’allumettes, tu la poseras sur ton bureau et personne ne la remarquera.


Cette femme ne l’avait pas que séduit, elle l’avait envoûté. Ses dernières barrières éthiques s’effondrèrent et il accepta cette imposture.


Le lundi matin il convoqua pour le lendemain les trois candidats pour les auditionner comme témoins dans l’enquête sur la disparition de Paulette. Ensuite il quitta le commissariat en prétextant un mal de tête et regagna son domicile ou Adèle avait prévu de le rejoindre pour préparer les questions. Elle l’attendait déjà en faisant les cent pas devant son domicile. Tout le quartier allait être au courant de leur liaison mais il s’en foutait tant il était certain de débuter une nouvelle existence ensoleillée et lumineuse après les années de grisaille qui avaient suivi la disparition de Thérèse. Il restait certes encore un fond de culpabilité mais la vie devait reprendre ses droits. Il avait ralenti au début de la ligne droite pour l’admirer. Elle était magnifique, racée et célèbre. Que faisait-elle avec lui ? Cette question le taraudait mais il avait trouvé sa réponse : la vie ne réservait pas que de mauvaises surprises et offrait quelquefois des miracles. Et c’était un miracle. Il était sorti de sa voiture et avait bondi sur elle mais elle s’était dérobée :


- D’abord le travail, lui avait-elle dit en posant un doigt sur sa bouche.


La matinée avait été consacrée à la préparation méticuleuse des interviews du lendemain.

La journaliste lui avait expliqué comment utiliser la caméra et la manière de la placer pour obtenir une bonne prise de vue. Elle avait insisté au point de vexer Bernard :


- Mais tu me prends pour un idiot, j’ai parfaitement compris ce que je dois faire et ce n’est pas la peine de me le répéter cent fois.


Adèle s’excusa :


- Je suis désolée mais c’est tellement important pour moi.

- Bon d’accord, grommela Bernard, venons-en aux questions.


Elle respira profondément avant de tenter de lui expliquer :


- La difficulté est de poser une question conditionnelle et d’obtenir une réponse affirmative au présent.

- Je ne comprends rien, râla Bernard.

- Je t’explique. Comme le jugement n’est pas rendu ta question sera « Quelle serait votre réaction si vous étiez choisie ? » et le témoin va naturellement répondre « Si je suis choisie... » alors que la diffusion paraîtra juste après que la décision a été rendue.

- Ben alors, je fais comment ?

- Tu emploies une figure de rhétorique.

- C’est quoi ou qui cette rhétorique ?


La journaliste sourit :


- Tu formules ta question en anticipant fictivement sur l’avenir, du genre « Je vous apprends que vous êtes choisi, quelle est votre réaction ? » et là, ils te répondent au présent « Je suis fou de joie... » et le public ne peut pas deviner que l’entretien a été filmé avant le résultat.

- J’ai compris, répondit l’inspecteur soulagé.


Mais Adèle ajouta :


- N’oublie pas que tu dois poser deux questions à chacun, l’hypothèse où ils sont choisis et celle où ils sont évincés.


Sa leçon terminée, il lui proposa de la retenir pour le déjeuner mais elle dénia son invitation :


- Malheureusement c’est impossible car je dois travailler mon sujet et faire le point avec ma rédaction.

- Et ce soir ? tenta Bernard.

- Non car je n’ai pas une heure à perdre pour être prête le jour de diffusion. Je t’explique : Aujourd’hui je fais les plans extérieurs et d’ambiance et je prépare le sujet. Demain je récupère la caméra et je repars aussitôt vers l’Olympe pour m’enfermer dans la salle de montage et finaliser le reportage.

- Mais alors, je ne te verrai plus, lâcha Bernard en situation d’effondrement brutal.

- Mais non mon loulou, lui répondit-elle, je termine ce boulot, je ramasse le pognon et je reviens. Nous aurons alors toute la vie devant nous pour faire des kiss-kiss.


Bernard était remonté en quelques secondes du fond de l’abîme vers des cimes ensoleillées ; elle l’avait appelé « mon loulou » et lui avait promis de revenir. Et elle l’embrassa longuement sur la bouche avant de s’éclipser.


Le mardi matin Bernard arriva une heure avant l’ouverture du commissariat pour faire ce qu’Adèle appelait des repérages. Il devait choisir l’emplacement de la caméra pour que les candidats soient filmés avec suffisamment de recul. Après de nombreux essais, il décida d’éloigner la chaise du témoin de son bureau pour obtenir une prise de vue idéale. Il l’avait tout juste positionnée quand le planton lui annonça l’arrivée de ses témoins. Il lui ordonna de les conduire un par un.

Il frôla la catastrophe avec le premier témoin car il avait oublié qu’ils étaient tous en chaise roulante. La première candidate s’engouffra dans sa pièce et planta son fauteuil contre son bureau hors du champ de la caméra. Bernard lui demanda de reculer jusqu’à la chaise au milieu de la pièce. La candidate surprise et agressive lui demanda s’il était dégoûté par les handicapés. La perspective de rater la prise de vue paniqua l’inspecteur. Adèle ne lui pardonnerait pas. Son sang ne fit qu’un tour. Fou de rage il se leva de son fauteuil et hurla :


- Reculez votre fauteuil ou je vous fous en garde à vue !


Effrayée, elle se plaça exactement à l’endroit indiqué. Sous les yeux de la candidate stupéfaite, Bernard marqua la limite du fauteuil roulant avec une règle de bureau pour conserver ses repères. Puis il regagna son fauteuil en commentant :


- Le cinéma, non pardon la police, rectifia-t-il embarrassé, nécessite beaucoup de précision


La candidate se dit qu’elle avait affaire à un fou et qu’il était préférable de coopérer. L’inspecteur se lança dans une explication préalable :


- Je pense que l’assassinat de Paulette est lié à votre volonté de vous venger et à la saisine du Conseil Supérieur de la Vengeance.

- Mais je croyais que nous devions rester anonymes, remarqua le témoin scandalisé.

- Vous devriez savoir que rien n’est anonyme pour les flics, reprit Bernard avant d’ajouter :

- Je ne vous ai pas convoquée pour bavarder mais pour vous poser deux questions auxquelles vous répondrez en employant le présent.

- Je commence : vous avez été choisie par le Conseil Supérieur de la Vengeance, quelle est votre première réaction ?

- Je serais folle de joie...

Elle fut immédiatement interrompue par les vociférations de l’enquêteur :


- Vous ne comprenez rien ou vous le faites exprès ! Je vous ai dit au présent !

Le témoin impressionné reprit sa phrase au présent :


- Je suis folle de joie.

- Eh bien voilà, reprit le flic, on y va, je vous écoute.

Et elle explosa de haine comme un volcan en éruption rejette le magma qui bouillonnait dans ses entrailles. Ce déferlement de rancune était si violent qu’il impressionna même l’inspecteur chevronné qu’était Bernard qui se fit la réflexion que la haine comme l’amour étaient les deux plus puissants moteurs de l’espèce humaine. Elle était intarissable sur les sévices qu’elle lui aurait infligés si elle avait pu se venger elle-même. Mais sa déposition devenait trop longue et le flic lui demanda de conclure ce qu’elle fit en une seule phrase :


- Je veux qu’il reste vivant et que sa punition soit aussi longue et horrible que mes souffrances !

Sur ces mots, elle actionna son fauteuil pour partir mais l’inspecteur bondit de sa chaise pour la bloquer avant d’ajouter :


- J’ai encore une question à vous poser :

- Je vous annonce que vous n’êtes pas choisie, quelle est votre réaction ?

- Ma vie est définitivement foutue, je rentre à l’EHPAD et je me suicide.

Cette dernière phrase prononcée, Bernard la raccompagna vers la sortie. Adèle lui avait demandé de privilégier les auditions des deux femmes et c’est la raison pour laquelle il appela la troisième candidate. Ses éclats de voix avaient sans doute été perçus de l’extérieur car elle se plaça spontanément à la bonne place et répondit immédiatement au présent. Elle était moins passionnée que le précédent témoin, sa haine était froide et effrayante. Elle parlait calmement mais avec des sifflements de rage et un regard fixe bloqué par sa douleur. Elle avait répondu par une seule phrase à la première question :


- Je suis heureuse d’être vengée et je veux qu’il soit puni de la même manière qu’il m’a trahie, qu’on lui arrache le sexe et qu’on le laisse crever.

Quand l’hypothèse du refus du tribunal avait été envisagée, elle avait répondu qu’elle se jetterait dès que possible sous un TGV.

L’interview du troisième candidat fut beaucoup plus courte. Il se plaça tout de suite au bon endroit. Il répondit sobrement à la question qui envisageait un succès :


- Je suis content qu’elle soit sanctionnée.


Bernard essaya de relancer la conversation mais il refusa d’en dire plus. En ce qui concerne la deuxième hypothèse, il se contenta d’une brève réflexion :


- Je m’en fous, je vais mourir dans quelques semaines.


Immédiatement après ce commentaire, il recula son fauteuil pour partir sans que le flic ne s’y oppose, certain que cet homme en fin parcours n’avait plus rien à dire.


Il lui laissa tout juste le temps de fermer la porte et se précipita sur le téléphone pour appeler Adèle. Elle était folle de joie d’apprendre qu’il avait réussi et lui avait promis des milliers de baisers et d’interminables nuits d’amour si bien que Bernard tutoyait les anges du fond de son commissariat crasseux.

Elle lui avait donné rendez-vous une heure plus tard au commissariat, le temps avait-elle dit de se préparer, et il l’avait attendue la langue pendante un peu comme un clébard qui attend sa caresse. Elle était arrivée comme une tornade et était rentrée dans son bureau sans frapper et sans refermer la porte pour se jeter dans ses bras sous les yeux des autres flics médusés. Puis elle avait récupéré la caméra, l’avait embrassé sur la bouche et s’était éclipsée en lui disant « Au revoir mon chouchou ». Il avait tout juste eu le temps de lui demander quand elle reviendrait et elle de lui répondre « bientôt ».


Adèle s’était précipitée à son hôtel pour contrôler les prises de vue. Elles étaient réussies, Bernard avait respecté ses instructions, le cadrage était parfait et les réponses correspondaient à ce qu’elle attendait. Elle tenait sa revanche et elle avait l’intention de leur faire payer très cher l’humiliation qu’elle avait subie. Elle téléphona à Geoffroy Deterville qui répondit aussitôt :


- Bonjour Adèle, j’imagine que vous avez une bonne raison de me déranger !


Il avait toujours l’air agacé de ces types qui croient qu’on leur vole un temps plus précieux que celui des autres mais elle n’était pas du genre à être impressionnée par ce genre de comportement :


- Je crois que oui. J’ai l’interview des trois candidats.

- Mais c’est impossible, s’écria le patron, ils sont anonymes et perdus quelque part sur la Terre.


Adèle rebondit immédiatement :


- Alors pourquoi m’avoir demandé de le faire si vous pensiez que c’était irréalisable ? Peut-être pour me virer après m’avoir placée en situation d’échec ?


Deterville était déstabilisé. Il ne pouvait pas comme d’habitude contre-attaquer pour démolir son contradicteur. Il devait préserver cette femme qui lui apportait le scoop du siècle. Il marmonna « ben, ben » pour gagner du temps puis se lança :


- Mais Adèle, c’était juste pour vous motiver, pour vous lancer un défi que je vous savais capable de relever.


Puis il poursuivit sa contre-attaque en utilisant la flatterie, une de ses armes préférées :


- Et j’avais raison puisque vous avez réussi. Vous êtes désormais la meilleure journaliste de l’histoire de la chaîne !


C’était le moment qu’attendait Adèle pour l’achever en assénant :


- J’étais votre journaliste !

- Mais comment ? paniqua le boss.


Adèle jubilait en lui répondant :


- Je démissionne !


Deterville refusait d’y croire :


- Mais qu’allez-vous faire ?

- Je pars chez Canal Univers.

- Mais ce n’est pas envisageable.

- Si, je leur ai téléphoné lundi et ils m’accueillent, moi et mes interviews avec un pont d’or et les bras ouverts.


Le directeur s’accrocha à son dernier espoir :


- Mais ils ont Ziconziva.

- Elle est virée. Elle faisait partie du marché.


Et elle éclata de rire pendant que Deterville cherchait de l’air et un argument salvateur mais il ne put que débiter des banalités :


- Mais vous ne pouvez pas faire ça alors que vous travaillez pour nous depuis plus de dix ans. C’est une véritable trahison.

- Ce n’est pas une trahison, c’est une revanche, répliqua Adèle avant d’ajouter pour l’achever : le processus infernal que vous connaissez est désormais enclenché. À partir de demain Canal Univers communiquera sur les interviews et vous dépassera en termes d’audience. Galaxy One perdra définitivement sa place de leader de l’information et ses recettes publicitaires s’effondreront. Les actionnaires vous en rendront responsable et vous serez jeté.


Deterville savait qu’elle avait raison. Fou de rage, il jeta son téléphone contre le mur de son bureau en la traitant de « salope ».


C’était le jour du délibéré. L’Olympe n’avait jamais connu une telle effervescence. Adèle multipliait les interviews dans le somptueux studio mobile de son nouvel employeur. Canal Univers avait annoncé la diffusion de l’enregistrement et la presse de tout l’Univers saluait son exploit.

Le parvis du tribunal était noir de monde et les forces de sécurité d’Arès avaient du mal à contenir la foule. Un écran géant était installé pour diffuser les images du verdict car seuls quelques privilégiés étaient admis dans la salle d’audience. C’étaient Zeus, tous les dieux de l’Olympe et Adèle. Les dieux jaunes étaient tous parqués sur l’aile gauche du parvis car Zeus avait ordonné à Arès de les expulser vers leurs contrées d’origine aussitôt le jugement prononcé. Putason avait été arrêté préventivement pour prévenir tout trouble à l’ordre public et enchaîné dans le vaisseau qui devait le ramener dans ses forêts de Norvège.


La tension montait au fur et à mesure que l’heure du jugement approchait. La chaleur était étouffante, amplifiée par la densité des spectateurs collés les uns aux autres sur le parvis.

Héra avait gagné l’antichambre du tribunal par un couloir dérobé et y attendait ses deux assesseurs. Ils avaient prévu de se rencontrer un quart d’heure avant le délibéré pour peaufiner les derniers détails


Aphrodite dont la discrétion n’était pas la principale qualité avait décidé d’arriver au tribunal par la porte principale en traversant la place. Son carrosse de fleurs entouré par douze angelots en érection s’était posé au bout de la place après avoir survolé les spectateurs qui l’avaient suivie du regard. Le public s’était retourné vers elle formant une foule infranchissable. Un murmure avait parcouru l’assemblée quand elle était descendue. Elle était si belle que le soleil en pâlissait. Elle était vêtue d’une robe avec laquelle elle était plus que nue. Elle était faite d’un voilage ajouré qui se densifiait au niveau de la pointe de ses seins et à hauteur des hanches. Après avoir posé quelques secondes pour laisser à tout le monde le temps de l’admirer elle s’était avancée vers ce mur humain avec un sourire éblouissant. Miraculeusement la foule s’était fendue pour lui libérer un passage qu’elle avait emprunté en marchant majestueusement devant ses admirateurs ébahis. Arrivée au pied du perron elle avait gravi les marches en roulant des fesses et s’était retournée pour envoyer des baisers à la foule en transe. Puis, flattée par l’hommage rendu à sa beauté, elle s’était éclipsée pour rejoindre Héra.

Apollon avait rejoint Héra un peu plus tôt en empruntant le couloir secret. Il avait l’air épuisé et en portait tous les stigmates. En le voyant arriver Héra s’exclama :


- Mais tu n’as pas l’air en forme du tout, tu as les traits creusés, des poches sous les yeux et un teint blafard ! Que t’arrive-t-il ?

- C’est l’amour, murmura-t-il.

- Mais l’amour c’est le contraire, c’est la joie et l’énergie, rétorqua la déesse.

- Oui mais c’est aussi le sexe.

- Bien entendu et alors ? s’interrogea-t-elle.

- Elle est insatiable, répondit Apollon en s’asseyant avant d’ajouter.

- J’étais mort de fatigue au bout d’une nuit mais depuis quelques jours je récupère.

- Et comment ?

- Eh bien j’ai contacté Arès, son amant précédent, et je lui ai demandé de faire des vacations.

- Et il a accepté ? demanda la déesse de plus en plus stupéfaite.

- Oui, il n’a pas hésité une seconde.


Il ajouta avec un sourire entendu :


- Il faut reconnaître que les nuits passées avec elle sont épuisantes mais inoubliables.

- Et quelle a été la réaction d’Aphrodite ? interrogea Héra.

- Elle était ravie !

La déesse était interloquée, ce qui ne l’empêcha pas de lâcher admirative :

- Quelle bonne femme !


Aphrodite les avait rejoints quelques minutes plus tard. Elle était si resplendissante qu’Héra lui avait fait remarquer en lui demandant quel était son secret. Elle lui avait répondu :

- L’amour !

Ce qui lui avait inspiré un grand sourire.


Ils ont attendu qu’Hermès annonce le tribunal pour entrer dans la salle d’audience bondée.

Le public s’est levé respectueusement attendant qu’Héra les invite à s’asseoir. La grande déesse majestueuse remplissait parfaitement son rôle de présidente du tribunal. Sa voix était ferme et calme quand elle a énoncé le verdict :


- Le Conseil Supérieur de la Vengeance a choisi les première et troisième candidates.

Ensuite elle se leva en déclarant que l’audience était levée et les trois juges se retirèrent dans l’antichambre.


 
 
 

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