Tisiphone est amoureuse. Chapitre 18 : Infléchir le destin
- StanislasMleski
- 29 sept. 2021
- 13 min de lecture

José était découragé et éreinté. Il travaillait en vain depuis 24 jours sur le logiciel que lui avait confié celle qu’il appelait désormais Elle. Il avait épuisé toutes ses ressources intellectuelles et psychiques sans réussir à déverrouiller l’accès aux données qui étaient protégées par un système de sécurité inédit qui se nourrissait des attaques qu’il subissait pour se régénérer et s’améliorer. Chaque intrusion était détruite et une nouvelle protection remplaçait l’ancienne le renvoyant ainsi à la case départ. Il n’avait jamais rencontré une telle résistance même dans les systèmes informatiques les plus sophistiqués de l’espionnage d’état. Il pressentait qu’il touchait à quelque chose de fondamental lié à l’existence et qu’il jouait une partie d’échec avec les dieux. Quelquefois ce sentiment de toucher à quelque chose d’immuablement interdit le paniquait mais très rapidement un peu de cocaïne dissipait ses craintes et lui redonnait l’envie mégalomaniaque de lutter avec le destin comme s’il menait l’ultime combat.
Mais le ressort de son action était constitué par l’incroyable attirance qui le poussait vers elle. Il se consumait de désir pendant qu’elle entretenait sa dépendance en lui envoyant tous les jours une photo qui embrasait ses sens. Hier c’était une prise de vue qui la montrait assise sur une chaise la jupe remontée sur ses cuisses bronzées. La veille, c’étaient ses seins recouverts d’un voile transparent. Il avait tapissé son bureau avec toutes ses photos pour s’immerger dans son univers, rentrer dans son cerveau et apprendre chaque centimètre de sa peau.
Il était malgré tout prêt à jeter l’éponge ce soir car la fatigue et le stress avaient absorbé toute son énergie. Son corps ne répondait plus, ses jambes tremblaient et son cerveau était vide. Aussi chercha-t-il son stimulant habituel planqué au fond du tiroir de son bureau mais n’en retira qu’un sachet vide. Il s’effondra sur la table et s’endormit.
La sonnerie de la porte d’entrée le tira de son sommeil. Il hésita à se lever pour accueillir sans doute un importun en panne d’ordinateur mais le client insistait et il décida de l’éconduire. Cependant une sensation de satisfaction remplaça très rapidement son agacement au fur et à mesure qu’il se rapprochait de l’entrée dont filtrait l’odeur d’un parfum de vanille et de lavande. Il ouvrit tout doucement pour jouir du spectacle qu’il pressentait et l’observer comme s’il réalisait une photo en panorama en balayant le paysage. C’était Elle, éblouissante et solaire, le visage illuminé par son sourire et éclairé par ses yeux immenses. Elle lui prit la main avec une délicatesse sensuelle qui le fit frissonner :
- J’ai appris que vous étiez découragé et je suis venue vous réconforter.
Comment pouvait-elle le savoir, d’où venait cette femme et quel était son but ? Il fut pendant quelques secondes assailli par ces questions qui s’évanouirent sous l’effet du charme de son interlocutrice. Elle lui caressa la joue pour lui faire remarquer qu’il ne s’était pas rasé depuis longtemps avant de lui murmurer :
- Je vous conseille de prendre une douche.
Elle commença par lui enlever son t-shirt avant de déboutonner son jean. Il restait sans réaction, tétanisé par la situation, partagé entre le délice de cette sensualité et la gêne de se sentir crasseux.
Elle baissa avec dextérité son caleçon en même temps qu’elle lui retirait son pantalon puis se rendit dans la douche pour faire couler l’eau. Elle revint ensuite dans le bureau pour déclarer gaiement :
- À mon tour maintenant !
Et elle enleva prestement sa robe pour apparaître en bikini minimaliste, ajoutant d’un air coquin :
- C’est juste un échantillon, le reste viendra quand vous aurez réussi.
Et elle se dirigea vers la douche. José resta planté sur le parquet. Son cerveau était en mode strike, incapable d’analyser tous les éléments improbables intervenus en si peu de temps. Il bougea comme un zombie quand elle l’appela pour lui demander de la rejoindre sous la douche. Elle l’attendait ruisselante, la poitrine prête à déborder du soutien-gorge. Était-ce un rêve, la réalité ou quelque chose d’intermédiaire entre les deux ? Peut-être une défaillance de son cerveau ? En tout cas, elle le savonna avec une lenteur calculée jusqu’à atteindre son sexe qu’elle caressa avec du savon jusqu’à ce qu’elle arrive à ses fins. Puis elle tourna brutalement le mitigeur de la douche vers le froid, ce qui eut pour effet de l’extirper de son état onirique en le projetant sur le mur de la réalité. Elle s’était habillée aussi vite qu’elle s’était dévêtue et l’attendait dans le bureau un sachet de poudre posé sur la table. Son ton s’était durci :
- J’ai appris que tu étais découragé !
- Mais comment l’as-tu appris ? bondit-il.
Elle fit un geste balayant sa question et il poursuivit :
- Mais qui a créé ce logiciel démoniaque ?
Elle le regarda droit dans les yeux pour le jauger :
- Un dieu !
Il resta sans voix et la bouche bée.
- Si vous vous sentez incapable de rivaliser, dites-le-moi tout de suite pour me permettre de modifier mes plans, reprit-elle aussitôt avant d’ajouter en utilisant le tutoiement pour lui signifier qu’elle se rapprochait de lui
- J’avais confiance en toi et j’étais prête à m’abandonner dans tes bras. Tu aurais été mon héros si tu avais réussi.
La perspective des délices dont elle venait de lui donner un avant-goût ainsi que ses tendances mégalomaniaques déterminèrent José à proclamer avec emphase :
- Je relève le défi, quoi de plus excitant que de rivaliser avec un dieu !
- Je le savais mon chouchou, déclara-t-elle avant de se jeter sur lui pour lui rouler un patin langoureux.
Elle ajouta après qu’il eut repris son souffle :
- Je reste avec toi pour t’aider car nous n’avons plus beaucoup de temps. Prends une bonne ligne de coke et remets-toi au travail.
Il regagna son bureau pendant qu’elle s’installait dans un fauteuil pourri. Elle le surveillait sans dormir. José passait de l’excitation au découragement dès que l’effet de la drogue se dissipait et elle veillait à lui préparer une nouvelle ligne aux premiers signes de lassitude. L’intervalle entre deux prises se raccourcissait.
Mais une nuit et une matinée s’étaient écoulés sans aucun résultat. Le logiciel se modifiait à chaque fois qu’il s’engouffrait dans une faille du système le renvoyant à la case départ. José qui ne s’était nourri que de cocaïne était gris d’épuisement et tremblait de tous ses membres. Il poussa son clavier de dépit et s’effondra en soupirant que ce logiciel était inviolable.
Elle décida d’intervenir. Elle tira son fauteuil pour s’asseoir en face de lui avant de lui prendre la tête entre les mains :
- Il faut constater que tu n’y arriveras pas. Tes capacités sont inférieures à celles du créateur du programme.
Il s’insurgea :
- Mais tu m’as dit que c’était un dieu !
- Oui c’est sans doute la raison pour laquelle tu es condamné à l’échec, répondit-elle avant de jeter :
- À moins de tenter un coup de poker !
- Oui mais quoi ? reprit-il.
- Overbooster ton cerveau en le forçant à utiliser les quatre-vingt-quinze pour-cent de tes ressources intellectuelles inexploitées, pousser tes capacités jusqu’à l’orgasme neuronal !
- L’orgasme neuronal ? interrogea José.
- Oui c’est une explosion de félicité intellectuelle, un voyage dans un autre univers.
- Et on y arrive comment ?
- En te bourrant de cocaïne, répondit-elle.
- Mais c’est dangereux, objecta-t-il.
- On n’a rien sans rien, répondit-elle fataliste avant d’ajouter :
- C’est le moment de savoir si tu es un winner ou un loser !
- Tapis ! s’exclama José avec panache.
- Je n’en attendais pas moins de toi, lui dit-elle en lui sautant au cou.
Sans perdre de temps, elle aligna dix lignes de cocaïne sur du papier argenté posé sur le bureau :
- Je pense que ce sera suffisant.
José qui mesurait maintenant le risque qu’il courait tenta de négocier la dose :
- C’est peut-être un peu trop fort.
Mais elle resta inébranlable en lâchant un très bref :
- Non, c’est la bonne dose.
Prisonnier de sa forfanterie et de son désir, José sniffa l’une après l’autre les dix lignes de coke. Dans les secondes qui suivirent une tempête se déclencha dans son crâne. Des éclairs déchiraient son cerveau et le bruit du tonnerre lui crevait les tympans. Dans un dernier geste de survie, il tenta de se lever pour se rendre aux toilettes et vomir ce poison mais les mains fermes de sa cliente le collèrent sur son siège. Et puis brutalement l’orage disparut, remplacé par un paysage d’une beauté et d’un calme sidérants. Son bureau était installé sur une banquise légèrement colorée par le soleil couchant. Elle était assise à côté de lui et lui susurrait des mots tendres qui le submergeaient de bonheur.
Et soudain la solution lui apparut en quelques secondes comme s’il s’agissait d’une évidence : il devait contourner les défenses du programme en s’attaquant en priorité au logiciel de régénération. Il s’y attacha aussitôt en s’attaqua frénétiquement au clavier comme un pianiste déchaîné à la fin d’une Polonaise. Il faisait défiler les pages d’écran à toute vitesse en les mémorisant et pénétrait dans le logiciel de défense avec une incroyable facilité, animé par ce sentiment d’invincibilité que lui procurait la drogue ingérée. En quelques minutes seulement il réussit à désactiver le programme de protection qui résistait depuis vingt-quatre jours à ses attaques. Ivre de puissance, il proclama :
- Les remparts sont détruits, il ne reste plus qu’à investir la ville !
Elle, toujours assise à côté de lui, l’embrassa dans le cou en lui murmurant :
- Tu es un génie mon chouchou. Encore quelques efforts et tu auras gagné ta récompense.
En même temps elle avait glissé la main dans son pantalon pour l’encourager.
José avait très rapidement progressé et apercevait la clef d’entrée du fichier des archives mais ses forces déclinaient et il s’effondrait comme un combattant harassé.
Elle s’en était aperçue et le couvrait de baisers et de caresses pour le motiver. Elle lui murmura :
- Tiens bon, tu vas y arriver !
Avant de se glisser sous le bureau et de le prendre dans sa bouche !
Sa caresse eut pour effet de le remotiver. Il rassembla ses dernières forces pour franchir ce dernier obstacle informatique mais son cerveau ralentissait, s’embourbait dans des formules mathématiques, incapable d’avancer vers ce fichier qui pourtant s’offrait à lui.
Un épais brouillard l’envahissait et il allait sombrer quand un cri strident déchira la brume :
- N’abandonne pas !
Et elle le reprit dans la bouche comme pour rythmer son effort. Il concentra son énergie résiduelle pour se jeter sur le clavier et atteindre la boîte d’archives. Dans un souffle il réussit à lui demander :
- Redonne-moi les deux noms !
Elle se retira pour hurler :
- Jean Lesonge et Norbert Wursbach !
Du sang s’écoulait des narines de José mais elle l’avait repris dans sa bouche un peu comme si elle lui transférait son énergie. Des éclairs commençaient à lui déchirer le cerveau mais dans un ultime effort, il réussit à intervertir les noms. C’est juste après avoir appuyé sur la touche de validation qu’il atteignit l’orgasme absolu. Un extraordinaire feu d’artifice avait éclaté dans sa tête et il jouît en même temps que le bouquet final explosait dans son crâne. Il s’effondra la tête ensanglantée sur le bureau. Elle récupéra le CD et éteignit les lumières.
Une pluie glaciale avait remplacé le soleil et la vallée désertée pourrissait sous la flotte. Les Moires qui étaient affairées à leurs tâches quotidiennes et à la préparation du déménagement n’entendaient pas Tisiphone tambouriner sur le portail d’entrée. Elle qui était trempée jusqu’aux os bavait de rage devant cet obstacle ridicule qui contrariait son dessein. Aussi décida-t-elle d’employer les grands moyens. Elle bondit sur la toiture du bâtiment, descella une dalle et sauta à l’intérieur de l’usine, atterrissant sur la plate-forme informatique. Elle avait tout juste touché le sol que les trois Moires se précipitaient sur elle en brandissant leurs faux. Elle bloqua leur élan en s’identifiant et en reprenant son aspect de déesse. Atropos poussa un soupir de soulagement :
- Nous aurions pu te décapiter, pourquoi es-tu passée par le toit ?
- Mais j’ai frappé à plusieurs reprises à la porte d’entrée et vous n’avez pas répondu, précisa Tisiphone.
- Excuse-nous, répondit Atropos, mais nous sommes tellement occupées et perturbées par ce déménagement.
- Mais rien ne semble avoir été bougé alors que vous partez en Libye dans quelques jours, remarqua-t-elle perplexe.
- Mais nous ne déménageons aucun matériel, expliqua la Moire, le nouveau site est déjà équipé de machines neuves plus performantes et celles que tu vois seront détruites.
- Même l’informatique ! s’exclama Tisiphone qui avait du mal à contenir son angoisse de voir son projet s’effondrer.
Les trois sœurs surprises de sa réaction la regardèrent avec curiosité et même avec suspicion.
Elle se rattrapa immédiatement :
- Ce que je viens de dire est idiot mais je suis toujours si émerveillée par l’informatique que j’ai du mal à imaginer qu’on détruise des ordinateurs.
Et elle ajouta pour détendre l’atmosphère :
- Un réflexe de vieille !
Sa diversion avait réussi car elles éclatèrent de rire avant qu’Atropos ne précise :
- Nous n’emporterons que le disque dur.
Elle était soulagée car son plan n’était plus compromis et elle profita de l’ambiance pour ajouter :
- Et comme promis, j’ai amené du Gewurztraminer de Kaysersberg et des fondants au chocolat de la pâtisserie Schtrumpf.
- Waouh ! s’exclamèrent les trois déesses.
- Et le meilleur, celui de Kaysersberg et plusieurs bouteilles, renchérit Tisiphone.
Les trois Moires égayées par cette perspective tapèrent dans les mains et entreprirent une joyeuse sarabande autour de l’usine en scandant « On a du Gewurztraminer, on a du Gewurztraminer... » devant leur cousine amusée de voir les trois déesses de la mort se comporter comme des gamines.
L’excitation retombée, elles s’étaient toutes assises sur le canapé et les fauteuils de la plate-forme informatique. Clotho qui s’était affalée sur le divan déclara :
- Cet apéritif va nous faire du bien en plein stress du déménagement.
- Mais quelle pression puisque vous détruirez tout et que vous n’emporterez que le programme informatique ? questionna Tisiphone.
- Mais tu oublies la préparation de la synchronisation ! rétorqua vivement Alecto.
Et elle précisa devant l’air étonné de sa cousine :
- Il faut que tu comprennes que le cours du destin ne peut ni s’arrêter ni s’emmêler, ce qui signifie que les équipements installés en Libye devront débuter au moment même où ceux des Vosges s’arrêteront, ce qui nécessite de multiples mises au point et vérifications. Les ingénieurs célestes y travaillent sur place depuis plusieurs mois et actuellement nous sommes en contact avec eux plusieurs heures par jour tout en poursuivant nos tâches quotidiennes. C’est harassant.
Puis elle s’exclama :
- Alors, on le boit ton Gewurztraminer !
Elles s’étaient jetées sur les fondants au chocolat en éclusant leurs verres de vin comme des poivrotes. Chaque verre appelant un fondant et chaque nouveau gâteau encore du vin, les trois servantes du destin se trouvèrent rapidement dans un état d’ivresse avancé. Atropos avachie dans le canapé ronflait comme une ivrogne alors que ses deux sœurs avaient péniblement rejoint leurs chambres après avoir vomi dans les toilettes de l’usine. Tisiphone qui avait limité sa consommation avait conservé sa lucidité. Elle était assise à côté de sa cousine sur le canapé guettant le moment où elle se retournerait de telle sorte qu’elle puisse accéder à la poche dans laquelle était rangé le CD factice. Mais celle-ci restait couchée sur la poche du CD sans donner l’impression de vouloir bouger. Tisiphone excédée par cette situation décida de prendre une initiative risquée : elle se leva et la tira lentement pour la retourner. Celle-ci grogna mais accompagna le mouvement et se retrouva orientée dans le bon sens. Ce fut alors un jeu d’enfant pour Tisiphone de substituer le CD piraté au CD vierge.
Dylan, Livan et un certain Johnny dormaient du sommeil hypnotique du cannabis allongés sur des cartons à même le sol, emmitouflés dans des couvertures déchirées et fétides. Tisiphone essaya en vain de les réveiller en les appelant et se résolut, pour éviter de perdre du temps, à leur balancer des coups de pied dans les côtes en hurlant :
- Debout, bande de voyous !
Dylan dont les réflexes étaient déjà conditionnés, se réveilla en sursaut en s’exclamant :
- Merde les flics !
- Mais non, c’est mamie cocaïne annonça-t-elle d’un ton bonhomme, regardez ce que je vous ai apporté.
Elle sortit de son sac un sachet de poudre blanche qu’elle ouvrit pour en verser délicatement quelques grammes sur une table crasseuse qui se trouvait à proximité :
- Goûtez vous-mêmes, c’est de la pure, de la colombienne.
Dylan qui s’était précipité pour en sniffer une pincée resta quelques instants immobile avant de bondir et de courir comme un dératé dans tous les coins du hangar :
- Waouh les gars, c’est de la super bonne, je suis déjà à dix mille tours. Ce soir on va exploser la cité et se faire tellement de tunes qu’on ira voir les filles pendant toute une semaine à Amsterdam.
- Oui, mais il faudra me rendre un petit service avant, reprit la vieille d’une voix doucereuse.
- C’est quoi ton service ? demanda Livan.
- Vous savez faire des cocktails Molotov ? interrogea-t-elle, provocatrice.
Les trois adolescents éclatèrent de rire :
- Évidemment, est-ce qu’on a des têtes de débutants ?
- Parfait, reprit-elle, eh bien vous en fabriquerez chacun deux bouteilles que vous balancerez ce soir à l’endroit que je vous indiquerai dans l’usine des trois vieilles.
- Rien que ça, marmonna Johnny, brûler une usine !
Tisiphone agacée par cette réflexion, répliqua vivement :
- Si vous ne vous en sentez pas capables, je traverse la route et j’en trouverai immédiatement trois autres dans la cité.
- Non, c’est bon ! reprit Dylan. Explique-nous ce que nous devons faire.
Elle prit un air sérieux et solennel et leur expliqua :
- À la nuit tombée, vous vous rendrez discrètement à l’usine avec une échelle et vous grimperez sur le toit. Une fois sur la toiture vous ramperez le plus silencieusement possible sur deux ou trois mètres jusqu’à ce que vous sentiez une dalle descellée et légèrement saillante. Vous la soulèverez et vérifierez que vous êtes juste au dessus de la salle informatique et ensuite vous balancerez vos cocktails en visant l’ordinateur. Puis vous vous sauvez, récupérez l’échelle et venez chercher votre récompense.
- Un jeu d’enfants pour nous, fanfaronna Johnny.
- J’espère… répondit la vieille en accompagnant son commentaire d’un regard qui leur glaça le sang
Les trois sœurs étaient affairées dans les tréfonds du sous-sol à poser les charges de dynamite destinées à ensevelir les installations quand elles entendirent une série d’explosions provenant de la surface. Atropos se propulsa au premier niveau à la vitesse de l’éclair pour constater l’embrasement de la salle informatique dévorée par les flammes. Les explosions avaient démoli une partie de la toiture, ce qui lui permit d’apercevoir trois adolescents qui faisaient des selfies en rigolant. Il y avait parmi eux l’affreux rouquin de la dernière fois. D’un geste elle les aimanta et les précipita dans le foyer avant de constater que le feu avait déjà détruit l’ordinateur principal calciné sous l’effet de la chaleur. Mais elle savait que l’informaticien céleste avait programmé une sauvegarde pour envoyer cinq minutes de programmation d’avance en cas de sinistre. Il ne lui restait que peu de temps pour éviter l’interruption du cours du destin. Indifférente aux hurlements des trois adolescents, elle se précipita de l’autre côté de l’usine vers le poste de secours où était installé le système informatique de remplacement, défonça la porte d’un coup de pied, s’empara de l’ordinateur de sauvegarde et l‘activa ; cependant elle en avait oublié le code sous l’effet du stress. C’était une de ces combinaisons évidentes que tout le monde pensait ne jamais oublier. Elle savait qu’elle contenait le nom de Zeus mais ne se souvenait plus des chiffres qui la complétaient. Elle tentait frénétiquement mais vainement toutes les combinaisons qui lui venaient à l’esprit. Le temps s’égrenait inexorablement. Il ne restait plus qu’une minute quand elle se dit que le nom de Zeus devait être associé à un nombre révélateur. Elle essaya zeus88 et l’écran de l’ordinateur s’éclaira. Il ne lui restait plus qu’à introduire dans le lecteur le CD de sauvegarde qui était toujours dans sa poche, ce qu’elle fit prestement. À aucun moment les machines ne s’étaient arrêtées et le destin avait poursuivi son cours. Elle poussa un souffle de soulagement non sans vociférer à l’attention des cadavres des trois ados :
- Vous n’en avez pas fini avec moi. Dès que j’aurai un peu de temps, je viendrai vous retrouver en enfer.




Commentaires