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Tisiphone est amoureuse. Chapitre 19 : L’instinct de Bernard et la deuxième vengeance

  • StanislasMleski
  • 18 nov. 2021
  • 24 min de lecture

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L’inspecteur Bernard occupait un bureau minuscule qu’il partageait avec un autre collègue de la circulation depuis qu’il avait été rétrogradé par la commission de discipline à la suite de l’enregistrement et de la diffusion par Adèle des témoignages des candidats à la vengeance. Le commandement du commissariat avait été confié à un jeune flic tout juste sorti de l’école de police qui bien entendu s’attribuait les enquêtes les plus intéressantes pour ne lui confier que les histoires banales de bagarres d’alcoolos, de querelles de voisinage ou de vols de métaux. Mais le pire était qu’il lui avait attribué la gestion du 19 qui était le numéro d’appel dédié aux violences conjugales. Le téléphone sonnait sans arrêt et souvent pour des motifs futiles. Ce matin c’était une femme qui craignait que son mari ne se mette en colère en apprenant qu’un huissier s’était présenté pour saisir le mobilier car les crédits à la consommation n’étaient plus remboursés. Il lui avait répondu qu’il ne pouvait rien faire car il ne s’agissait que d’une simple hypothèse. Mais elle l’avait très mal pris et lui avait rappelé que le gouvernement exigeait que les femmes soient protégées et que son attitude n’était pas conforme aux promesses des autorités. Elle menaçait d’alerter la ministre des droits des femmes, ce qui était le pire qui pouvait arriver à un flic de surcroît déjà rétrogradé. Il tenta de s’en tirer en dialoguant :

- Vous savez bien qu’il faudra de toutes façons un jour ou l’autre rembourser vos dettes et que les rapports avec votre mari se dégraderont.

- Je sais mais je suis au chômage et je ne peux pas payer l’huissier ;

Soudain une idée germa de son esprit :


- Quel âge avez-vous ?

- J’ai trente-deux ans, répondit la femme.

- Décrivez-moi votre physique.

La plaignante se rebella en s’étonnant de ses questions incongrues mais il répliqua :


- Répondez-moi car j’ai peut-être une solution.

La femme consentit à lui répondre ;


- Eh bien je mesure un mètre soixante-dix, je pèse cinquante-cinq kilos, j’ai des cheveux noirs et des yeux marrons en amande.

- Et votre tour de poitrine ?

Estomaquée, la plaignante répondit presque automatiquement :


- Quatre-vingt-dix B.

Avant d’ajouter :

- Mais où voulez-vous en venir ?

- J’ai trouvé la solution, affirma triomphalement Bernard, faites la pute !

- Mais vous êtes cinglé ! répliqua-t-elle vivement.

Sans se décontenancer Bernard poursuivit :


- Pas du tout. Pendant que votre mari sera à l’usine, vous travaillerez dans un bordel en prenant soin de calquer vos horaires sur les siens. Vous gagnerez suffisamment d’argent pour rembourser les crédits et même pour en faire d’autres sans que votre mari soit informé.


Son interlocutrice étant restée silencieuse, il avança un argument décisif :


- Dites-moi ce qu’il y a de pire : travailler à la chaîne comme un robot dans une usine ou jouer les séductrices dans un bordel ?

- Vous avez raison, lui répondit enfin la femme, je suivrai vos conseils ;

Cependant elle lui posa une dernière question avant de raccrocher :


- Mais vous êtes vraiment flic ?

- Oui répondit-il, un flic N°19.


Le nouveau patron qui se prénommait Olivier venait d’entrer dans son bureau sans frapper, ce qui exaspérait Bernard. D’un geste méprisant, il balança un dossier sur sa table :


- Tenez, une enquête de recherche des causes de la mort pour un cinglé obsédé qui est mort depuis plusieurs jours dans une cave du HLM du Grunenwald. Les voisins nous ont avertis à cause de la puanteur.

Il se pinça les narines pour mimer l’odeur et ajouta :

- Le légiste ouvrira le macchabée demain à 14 h.

Bernard lui demanda :


- Et la scène de crime ?

- Les collègues n’ont touché à rien à cause de l’odeur. Ils se sont contentés d’évacuer le cadavre et de poser les scellés.


Le patron tout juste parti, Bernard saisissait son pardessus pour rejoindre sa vieille Laguna qui comme d’habitude refusait pendant quelques minutes de démarrer avant de cracher un nuage de fumée noire qui intoxiquait le voisinage. Il voulait à tout prix examiner les lieux avant que les flics de la criminelle ne viennent tout saccager avec leurs gros sabots.


Les deux tours du Grunenwald avaient été édifiées à la hâte au lendemain de la guerre pour loger les travailleurs immigrés employés dans les mines de charbon de la vallée. Elles étaient implantées sur une colline qui surplombait l’exploitation et se dressaient à l’horizon comme des donjons grotesques. Les arbres qui les entouraient avaient disparu sous les dépôts d’ordures et les carcasses de voitures dont s’échappaient des colonies de rats répugnants. Il se gara au pied de l’immeuble du crime et poussa la porte d’accès au sous-sol, ce qui eut pour effet de provoquer un envol de dealers affolés d’être dérangés dans leur petite industrie. Il parcourut quelques mètres dans le couloir en s’éclairant avec une lampe de poche et tomba très rapidement sur le local recherché dont les scellés avaient déjà été brisés sans doute par les voyous du coin. La serrure de la porte avait été neutralisée par les pompiers et elle s’ouvrit d’un seul coup de pied. Il s’agissait assez curieusement d’une porte blindée. L’intérieur de la cave était tout aussi surprenant car l’endroit avait été insonorisé par la pose d’épaisses couches de laine de verre sur les murs et le plafond. Sa lampe lui permit d’observer de l’extérieur qu’il s’agissait d’une pièce d’environ vingt-cinq mètres carrés qui était équipée de toilettes, d’un lavabo et meublée d’un fauteuil d’handicapé percé et scellé contre le mur. Une immense télévision déjà vandalisée était installée sur un parpaing.

Il balaya le local de son faisceau de lumière qui lui révéla une armoire remplie de CD ainsi qu’un objet brillant abandonné sur le sol. Il décida, bien que la puanteur de la mort fût rebutante, d’entrer dans la cave. Il sortit de sa poche le mouchoir parfumé avec l’eau de toilette d’Adèle qui ne le quittait jamais pour s’en recouvrir le bas du visage avant de s’introduire dans la mystérieuse caverne. Il s’aperçut très vite que l’armoire était remplie de CD pornographiques puisque les deux premiers titres qui apparaissaient étaient « Croupe du monde » et « Viens visiter ma lune ». Tous les autres étaient à l’avenant ! Il aperçut ensuite un nombre incalculable de boîtes vides de Viagra qui étaient si nombreuses qu’elles tapissaient le sol. C’est en les remuant du pied qu’il découvrit l’objet qui brillait ; c’était un curieux anneau en acier dont l’intérieur était tapissé de pointes aiguisées. Perplexe, il le mit dans sa poche, referma la porte et reconstitua les scellés avant de rejoindre sa voiture. Le patron avait sans doute raison en décrétant qu’il s’agissait d’un cinglé qui avait probablement succombé à une maladie quelconque.


Le docteur Boris Kolanov avait la tête de son métier de médecin légiste découpeur de cadavres avec son long nez, ses petites lunettes rondes équipées de hublots et ses dents gâtées. Il avait obtenu en Bulgarie un diplôme que personne n’avait jamais vu mais tout le monde s’en foutait car il était le seul médecin ayant accepté ce poste à l’hôpital de Morbach. C’était un personnage particulier dont le comportement était marqué par son contact quotidien des cadavres auxquels il s’adressait pendant qu’il les disséquait. Bernard avait rendez-vous avec lui directement à la morgue. Il détestait cet endroit qui ressemblait aux locaux réfrigérés des bouchers avec la seule différence que la viande n’était pas accrochée à un croc mais remisée dans des tiroirs. Boris accueillit chaleureusement Bernard :


- Je suis vraiment content de vous revoir, je croyais que vous vous étiez retiré des « affaires ».

- Non, j’ai juste pris un peu de recul, répondit l’inspecteur.

- Vous venez sans doute pour le mutilé ?

- Pour le mutilé ? répéta bêtement Bernard.

- Oui, celui qui n’a plus de sexe.

Devant la perplexité de l’inspecteur, le légiste se dirigea à petits pas nerveux vers les casiers tout en le prévenant :


- Bouchez-vous les narines !

Bernard sortit son mouchoir parfumé et pendant quelques secondes ses pensées s’évadèrent vers son amoureuse et il se surprit à fredonner ce refrain : « Dis quand reviendras-tu, dis au moins, le sais-tu ? »

Le légiste amusé lui demanda pendant qu’il charriait le cadavre :


- Vous avez l’intention de vous lancer dans la chanson ?

L’inspecteur confus de l’incongruité de son attitude s’abstint de répondre.

Le docteur Kolanov qui avait déjà installé le corps, le découvrit d’un seul geste et s’adressa théâtralement à l’inspecteur en tendant son bras :


- Voilà, jugez par vous-même !

Bernard avait sous les yeux le corps misérable et noirci d’un homme sans pénis. Il se tourna vers le médecin qui déclara péremptoirement :


- Mort par gangrène. Je peux affirmer qu’elle a débuté par le pénis puisque l’organe est tombé et qu’elle s’est ensuite propagée dans tout le corps. Il a sans doute souffert horriblement en suppliant la mort d’arriver. Je vais quand même le disséquer pour faire des prélèvements afin de tenter de déterminer l’origine de la pathologie.

- Ne cherchez pas docteur, c’est un surdosage de Viagra.

- Peut-être mais je dois le vérifier, répondit le médecin.

L’inspecteur qui en savait assez prit congé. En fermant la porte blindée, il entendit le docteur Kolanov entamer son dialogue morbide :


- Eh bien mon coco, je vais commencer à t’examiner.


Ce nouveau dossier avait redonné de l’énergie à Bernard qui sentait la bonne affaire comme un vieux chien flairait la présence de viande. Il s’était précipité en rentrant dans son bureau sur le fichier des personnes disparues et un signalement avait retenu son attention. Il s’agissait d’une déclaration de la directrice de la maison de retraite de la mine au sujet de la disparition d’un résident âgé de 70 ans, un certain Georges Duranton. Il s’était promis de s’y rendre dès le lendemain matin.

Dans le coin on l’appelait la maison de retraite de la sécu car elle était réservée aux vieux nécessiteux. Elle était installée dans l’ancien foyer des mineurs, propriété des Houillères qui y logeaient leurs esclaves habitant trop loin de la mine. Le bâtiment n’avait pas été réhabilité et conservait cet aspect des années cinquante qui le faisait ressembler à un empilement de cages en plastique. En poussant la porte d’entrée, Bernard ne put s’empêcher de marmonner que si c’était déjà moche d’être vieux, c’était l’horreur d’être un vieux fauché. Une moquette marron répugnante recouvrait le sol du hall d’accueil et les murs étaient peints dans une couleur qui avait été jaune. Il y régnait une odeur entêtante de charbon et de pisse qui lui donnait la nausée. Au fond deux vieillards débiles hirsutes et cadavériques tout juste affublés d’une tunique d’hôpital se battaient. Il se dirigea vers le secrétariat où trônait un boudin maquillé avec une tête de bouledogue qui aboya en le voyant :


- C’est pour quoi ?

Il répondit poliment :


- Je voudrais rencontrer la directrice.

- Faut prendre un rendez-vous ! hurla la secrétaire.

Bernard excédé, poussa la porte d’un coup de pied et brandit sa carte de police sous le nez de cette délicieuse personne :


- Et maintenant tu me l’appelles tout de suite ou je te coffre dans une cellule avec une dizaine de poivrots en rut !

La secrétaire médusée se précipita sur le téléphone pour dire en tremblant à la directrice qu’un monsieur de la police voulait la voir.


La directrice de l’institution ressemblait à une gardienne de goulag. Elle devait friser la cinquantaine avec un visage taillé à la serpe, surmonté d’un strict chignon de cheveux gris. Elle était grande et mince, sanglée dans un tailleur noir et chaussée d’escarpins à hauts talons.

Elle lui serra la main avant de lui demander d’une voix prétentieuse :


- À qui ai-je l’honneur ?

- Inspecteur Bernard.

- Puis-je voir votre carte de police ?

Le flic détestait qu’on lui réclame sa carte professionnelle et l’attitude de cette bonne femme l’exaspérait. Il éructa :


- Je n’ai peut-être pas une tête de flic !

Son interlocutrice effrayée abandonna et lui demanda poliment l’objet de sa démarche.


- J’enquête sur la disparition de Georges Duranton, répondit l’enquêteur.

Elle répondit instantanément avec un sourire entendu :


- Monsieur Georges était la vedette de notre établissement.

- Eh bien vous allez me conduire dans votre bureau et me raconter tout ça, répondit le flic satisfait de cette réaction qui présageait d’une audition intéressante.


Le bureau de la directrice était à son image, froid et strict sans aucune trace de désordre. Elle invita l’inspecteur à s’asseoir sur une chaise en bois. Le flic se fendit d’un très sobre :


- Je vous écoute.

- C’est une longue histoire.

- Je ne suis pas pressé, répliqua le flic.

Elle prit une profonde respiration et débuta sa déposition :


- Monsieur Georges a été placé dans notre institution au titre de la solidarité nationale. C’était il y a environ deux ans. Il était dans un dénuement total au début de son séjour et a vécu pendant plusieurs mois sans argent et sans vêtements, si ce n’est deux pyjamas que l’hôpital lui avait prêtés.

- Mais il devait avoir une pension de retraite, l’interrompit Bernard.

- Oui et même d’un montant confortable mais il ne la percevait plus car sa femme avait déclaré à la caisse qu’il était mort pour bénéficier de sa rente de réversion. Il s’est battu presqu’une année avec la caisse pour la récupérer. Entre-temps nous l’avions logé dans le dortoir des indigents.

- Le dortoir des indigents ? reprit le flic.

La directrice avait l’air gênée :


- Vous devez comprendre que nous avons vocation à accueillir des pensionnaires avec des revenus modestes et certains qui n’ont plus aucune ressource alors que notre budget est le plus faible de tous les EHPAD de la région.

Elle écarta les mains comme pour s’excuser :


- Alors on fait ce qu’on peut.

- Mais c’est quoi ce dortoir ?

- C’est l’ancienne salle des fêtes du foyer des mineurs qui a été équipée il y a dix ans pour accueillir les personnes âgées dépourvues de ressources. Nous y disposons de vingt lits, chaque résident a une petite armoire pour ranger ses affaires personnelles et a accès à une grande salle de bains commune.

- Une seule salle de bains pour vingt personnes !

- On fait ce qu’on peut ! répondit la directrice dépitée avant d’ajouter :

- Mais je ne crois pas que cela intéresse votre enquête !

- C’est moi qui décide de l’intérêt des questions, répliqua vivement Bernard.

- Comment a-t-il vécu cette période ?

- Mal ! Au début Monsieur jouait les chochottes et exigeait d’être conduit aux toilettes trois fois par jour.

- Mais c’est normal ! s’exclama Bernard scandalisé.

La directrice prit son air de gardienne de goulag pour répondre :


- Pas dans ce secteur avec une seule aide-soignante pour vingt résidents. Ils ont tous une toilette le matin et une couche pour les reste de la journée. Ensuite, il a fait comme tout le monde, il s’est habitué.

Elle plongea son regard dans celui du flic et ajouta, philosophe :


- Vous savez, Monsieur l’inspecteur, on supporte tout pour survivre !

Elle poursuivit après avoir accordé quelques secondes de récupération à Bernard :


- La situation de monsieur Georges s’est améliorée quand il a récupéré sa retraite et l’arriéré. Sa pension confortable lui a permis de quitter le pavillon des indigents et de s’offrir une chambre individuelle, ce qu’il a fait dès le premier jour de perception des sommes.

Elle s’arrêta quelques secondes pour boire une gorgée d’eau mais aussi pour ménager son effet et reprit sa conversation avec un petit sourire entendu :

- Le rappel perçu lui offrait un petit capital qu’il utilisait pour s’offrir ce qu’il appelait « des gâteries ».

- Quelles « gâteries » ? demanda Bernard énervé.

La gardienne du goulag se pencha vers lui et susurra d’un ton confidentiel :


- Il faisait venir des filles !

- Ça m’intéresse, racontez-moi tout en détail.

Elle n’en demandait pas plus pour se lâcher :


- À peine une semaine après son emménagement, j’ai été avertie par Mme Neumann, la réceptionniste, que monsieur Georges recevait une femme de mauvaise vie.


- Comment pouvait-elle le deviner ? s’étonna le flic.

- Parce qu’elle était trop belle, trop sexy et trop parfumée pour venir dans une maison de retraite déshéritée comme la nôtre.


Elle poursuivit aussitôt passionnée par son récit :


- Le règlement de notre établissement autorise les visites l’après-midi sans prévoir ce cas particulier. Alors je ne m’y suis pas opposée et c’est devenu une distraction pour tout l’EHPAD.

Elle jubilait en constatant l’intérêt de l’inspecteur :


- Elles venaient toutes le jeudi à 14 h et restaient une heure enfermées avec monsieur Georges. Les locaux sont mal insonorisés et les résidents présents profitaient du bruit des ébats et se groupaient devant sa chambre pour mieux entendre et commenter un peu comme s’ils assistaient à un spectacle.

- C’était devenu le moment le plus important de la semaine, surtout le débriefing.

- Le débriefing ?

- Monsieur Georges commentait ensuite sa rencontre à tous les résidents groupés devant sa chambre. C’était comme une conférence de presse bien réglée ; dans un premier temps il décrivait en détail le physique de la dame puis ses vêtements et enfin ses performances sexuelles et ensuite les résidents posaient des questions. Ces événements avaient rendu un peu de gaîté et d’espoir à nos différents membres. Les femmes se rêvaient en séductrices et les hommes se projetaient à la place de leur camarade. Il leur a rendu un peu de fierté en démontrant qu’ils pouvaient encore avoir une sexualité à leur âge. Et puis malheureusement il a disparu.

Bernard rebondit aussitôt :


- Parlez-moi de sa disparition.

- Il n’y a pas grand-chose à dire. Il y a près de trois mois, un samedi, une dame qui s’est présentée comme sa sœur, lui a rendu visite. Il faisait beau et elle l’a emmené se promener dans le parc public à quelques centaines de mètres. Et nous ne l’avons plus revu.

- Mais personne n’a remarqué quelque chose de particulier ?

- Rien si ce n’est que les quelques résidents qui l’avaient aperçu disent tous qu’il avait l’air endormi mais que cela semblait normal à l’heure de la sieste ;

- Et à quoi ressemblait cette sœur ?

- À une vieille dame gentille et polie.

- Elles sont toutes comme ça, marmonna l’inspecteur avant de prendre congé.


Eddy était le responsable des caves de la tour numéro deux du Grunenwald. Il avait obtenu cette responsabilité après l’incarcération de son prédécesseur car plusieurs années de deal au pied de l’immeuble lui avaient valu la confiance de Raoul, le caïd du quartier. Son rôle était de réceptionner les livraisons d’héro, de veiller sur la drogue, de la conditionner et de la vendre aux dealers de rue de la cité. Le kilo qui était acheté 10 000 euros était revendu le double aux distributeurs et son boss lui avait attribué une commission de dix pour cent des encaissements, ce qui lui procurait entre deux mille et quatre mille euros selon le volume des ventes de la semaine.

Ces sommes pouvaient sembler importantes mais c’était un vrai boulot entre la réception de la marchandise, le contrôle de la qualité, la surveillance du stock et son écoulement. Si tout marchait bien il pourrait bientôt s’acheter une « Béhème » avec des chromes partout. Il avait installé son commerce dans une cave blindée et climatisée que personne n’aurait jamais eu l’idée de cambrioler car toute la cité savait qu’il était sous la protection de Raoul.


Ce petit matin il sortait de sa cave avec la conscience du devoir accompli après avoir travaillé toute la nuit quand une ombre bondit sur lui par derrière. Il n’eut pas le temps de sortir son gun car l’homme avait déjà posé son calibre sur sa tempe et le désarmait. Il lui ordonna de se retourner et brandit une carte de police tout en plaçant le flingue sur son ventre. Eddy un peu rassuré en découvrant qu’il s’agissait d’un policier retrouva très vite ses esprits :


- Eh, c’est une bavure ce que vous faites, demain j’appelle mon avocat !

Le flic lui répondit d’un ton ferme et dur :


- Demain tu seras déjà refroidi si tu continues comme ça.

- Mais qu’est-ce que vous voulez ? demanda le dealer, paniqué de constater que l’homme avait enfilé des gants et remplacé son arme de service par son propre flingue.

- Un simple renseignement, soit tu me balances tout ce que tu sais et je te laisse partir sans parler de ton deal, soit je te flingue dans ta cabane à schnouff.

- Vous employez de sacrés moyens pour obtenir un renseignement, remarqua le voyou.

- C’est la nouvelle police, lui répondit le flic en ajoutant qu’il n’était pas là pour philosopher.

- Je veux que tu me lâches tout ce que tu sais sur la cave du macchabée pourri.

Soulagé, le dealer lui répondit :


- Je suis pas un boukave mais cette histoire-là je m’en fous. Je ne sais rien de ce qui s’y passait parce que nous avions peur de nous approcher. On appelait cette cave la caverne de l’enfer parce qu’on entendait toutes les après-midi d’affreux hurlements qui s’en échappaient.

Très intéressé, Bernard poursuivit son interrogatoire :


- Depuis combien de temps ?

- Plusieurs semaines, environ trois mois Les cris ont disparu depuis quelques jours mais on a passé un appel anonyme aux flics à cause de l’odeur qui avait envahi le couloir des caves et qui nous empêchait de travailler.

- Mais il y avait bien quelqu’un qui venait le nourrir ?

Le jeune lui répondit comme si c’était une évidence :


- Bien sûr, Maria Goncalvez lui apportait une gamelle tous les jours vers quatorze heures. Elle restait une petite demi-heure et les hurlements recommençaient peu après qu’elle soit partie ;


- Mais qui est cette femme ? bondit Bernard.

- C’étaient les concierges de l’immeuble avec son mari Manuel ;

Brusquement inquiet, Bernard lui demanda :


- Pourquoi dis-tu c’étaient ?

- Parce qu’ils sont partis avant hier. Ils sont venus faire leurs adieux en nous expliquant qu’ils rentraient au Portugal parce qu’ils avaient fait fortune.


L‘inspecteur s’était rendu dès le lendemain matin au siège des HLM de Morbach. La secrétaire l’avait adressé à la responsable des tours du Grunenwald qui était aussi délabrée que les immeubles qu’elle administrait. Elle lui avait confirmé que cette femme et son mari avaient été les concierges de la tour pendant dix ans mais qu’ils avaient démissionné il y a quelques jours et quitté leur poste sans préavis, sans réclamer leur compte et sans laisser d’adresse. En désespoir de cause, il lui avait demandé la date et le lieu de naissance de ses deux employés. Elle avait fouillé de mauvaise grâce dans le dossier avant de trouver les renseignements demandés : elle était née le 14 janvier 1965 dans le quartier du Bairro Alto, rue Do Diário de Notícias au numéro 13. Bernard pensait qu’elle était retournée à proximité de son lieu de naissance comme tous les expatriés qui prennent leur retraite et il avait bien l’intention de poursuivre son enquête en se rendant à Lisbonne pour tenter de retrouver ce témoin clef de l’affaire.



Il avait bien entendu conscience du caractère irrationnel de sa démarche et de son illégalité mais son intuition lui suggérait que cette affaire avait un lien avec le mystère de l’EHPAD des Quetschiers et pourquoi pas avec l’enquête d’Adèle ; ce serait peut-être une occasion de la faire revenir.

Il regagna le commissariat perdu dans ses pensées et croisa son chef Olivier dans le couloir qui menait à son bureau et qui profita de l’opportunité pour l’interroger sur l’avancement de son enquête. Il lui annonça que le principal témoin avait disparu sans doute au Portugal et son boss décréta le classement sans suite du dossier. Le soir avant de partir Bernard réserva un jour de congés pour le vendredi suivant sur le registre du commissariat. Il avait réservé un aller-retour Sarrebruck-Lisbonne sur Ryan Air pour 192 euros. C’est Paul, le fils du boucher qui s’y connaissait en informatique, qui avait effectué toutes les formalités en quelques minutes sur Internet. Mais encore mieux, il lui avait loué un studio dans le Bairro à 50 euros la nuit par l’intermédiaire d’un truc qui portait un nom anglais.


Bernard qui n’avait jamais pris l’avion ne s’était pas imaginé qu’il serait entassé comme une vache dans une bétaillère, ce qui lui avait occasionné une crise d’angoisse inconnue pour lui qu’il avait réussi à calmer en avalant trois fioles de whisky.


Le taxi l’avait déposé à l’adresse de location dans un quartier composé de vieilles maisons. En empruntant l’escalier grinçant qui le conduisait à son studio, il se dit avec fierté que les maisons de Morbach étaient en bien meilleur état. Bernard qui était épuisé par le voyage s’était immédiatement couché en laissant la fenêtre entrouverte pour bénéficier de la douceur de la nuit lisboète mais il avait été réveillé au milieu de la nuit par des chansons pleurnichardes qui envahissaient la rue en s’échappant de minuscules bistrots.

Il s’était levé de méchante humeur après cette nuit épouvantable mais le café serré du petit déjeuner lui avait redonné l’énergie nécessaire à la réalisation de son plan. Il avait tout simplement prévu de regarder toutes les sonnettes de la rue Do Diário de Notícias pour repérer le nom de Goncalvez puisqu’il était parti du principe qu’au moins une partie de sa famille habitait toujours dans la maison où elle était née. La rue remontait langoureusement la colline sous le soleil de ce début de matinée. Au loin le fleuve dessinait des couleurs bleues à chaque virage de la ruelle. Il avait rapidement trouvé la bâtisse du numéro 13 pour constater avec soulagement que la sonnette était au nom de Goncalvez. Mais il avait déchanté quelques minutes plus tard après avoir vérifié qu’une sonnette sur deux dans la ruelle comportait le même nom.


Comment savoir laquelle était la bonne ? La seule solution était de faire le guet en espérant reconnaître Maria à partir de la photo d’embauche qu’il avait récupérée dans le bureau des HLM. Il était à peine attablé à la terrasse d’un café quand il la vit sortir de la maison voisine du 13. Elle était désormais blonde, outrageusement maquillée et portait d’énormes bracelets en or pour souligner sa nouvelle prospérité. Bernard se précipita vers elle en l’interpellant :


- Je voudrais vous poser quelques questions au sujet du macchabée retrouvé dans la cave du HLM

Mais Maria Goncalvez n’était pas du genre impressionnable :


- Mais qui êtes-vous pour m’interroger ?

Il sortit sa carte de police :


- Inspecteur Bernard du commissariat de Morbach.

Mais la forte femme pouffa de rire :


- Mais il se croit où le petit flic ! Ici on est au Portugal et pas dans ton trou pourri de Morbach.

S’il y avait deux choses que détestait l’inspecteur, c’était qu’on le traite de petit flic et qu’on crache sur sa ville. Il attaqua furieusement :


- Alors écoute-moi bien espèce de morue peinturlurée !

Elle prit un air indigné mais il ne lui laissa pas le temps de respirer :


- C’est très simple, soit tu réponds à mes questions et je t’oublie, soit je rentre chez moi et je demande à un juge de délivrer un mandat d’arrêt européen.

Et il poursuivit avec emphase :


- Alors adieu les bijoux, le soleil et la brandade de morue. Ce sera le froid de la tôle et les gamelles immangeables pour quelques années.

Maria comprit très vite la situation si clairement exposée et concéda ;


- Bon d’accord, on va chez moi.


Manuel se masturbait devant un film porno comme tous les matins quand sa femme partait faire des courses. C’était pour lui le meilleur moment de la journée ; sa mégère acariâtre était absente, il s’installait dans le salon et il s’autorisait à se rêver dans les bras torrides des stars qui défilaient sur l’écran. Il eut juste le temps de remonter son slip en entendant le bruit de la serrure mais pas celui d’arrêter la vidéo et il s’éclipsa penaud accompagné d’un torrent d’injures.


Maria invita l’inspecteur à la suivre dans un living meublé d’un canapé et de deux fauteuils en cuir vert encore recouverts de l’emballage de protection en plastique. Bernard se laissa tomber lourdement sur un des sièges et ordonna à Maria de s’asseoir en face de lui, ce qu’elle fit sans broncher. Il la regarda d’un air sévère :


- C’est le moment pour vous de me dire toute la vérité si vous voulez profiter de votre joli salon si raffiné.

La Portugaise domptée ne releva pas la pique et se mit à table :


- Que voulez-vous savoir ?

- Tout depuis le début et avec précision.

Maria gênée, se lança :


- Il faut comprendre que notre situation de concierges du HLM était insupportable, enfermés dans une cage à lapins et payés une misère à nettoyer les escaliers et à sortir les poubelles sous les injures des voyous.

Cette déclaration liminaire excéda l’inspecteur :


- J’en ai assez de vos jérémiades, gardez votre fado pour pleurnicher entre vous.

Elle avait compris qu’elle ne pouvait pas l’endormir ou l’apitoyer :

- Une dame âgée bien habillée et impeccablement coiffée est venue sonner à la porte de notre loge un dimanche matin. Je m’en souviens parfaitement parce que j’étais de très mauvaise humeur d’être dérangée pendant que je me séchais les cheveux.

Elle ajouta avec un air minaudant :


- Je me lave les cheveux tous les dimanches.

Bernard exaspéré par ses tergiversations, explosa :


- Je vais devoir vous attacher au radiateur et vous frapper avec la morue salée qui est dans votre cuisine si vous continuez à détourner la conversation.

- Mais vous n’en avez pas le droit, bondit la Portugaise.

- Eh bien appelez vos flics et je leur expliquerai les raisons de ma présence.

Son interlocutrice désormais calmée par sa réflexion, il lui ordonna de poursuivre :


- La dame voulait louer une des caves abandonnées de l’immeuble. Je lui ai répondu que presque toutes étaient libres car les locataires craignaient de croiser des dealers et que de toutes façons, seuls les HLM ont le droit de louer un local. Mais elle m’a répondu que ce n’était que pour quelques mois, que je pouvais lui attribuer la cave d’un appartement abandonné et qu’elle était prête à payer 5 000 euros par mois de loyer.

Elle resta quelques secondes silencieuse et concéda :


- Elle a tendu une énorme liasse de billets et j’ai accepté de mettre le doigt dans l’engrenage.

Elle respira profondément avant de reprendre son récit :


- Elle est revenue quelques jours plus tard pour demander si Manuel pouvait aménager la cave. Elle savait que mon mari avait été chef de chantier avant son accident du travail et qu’il était capable de construire une maison tout seul.

Bernard fit un geste de la main pour lui signifier que l’histoire de son mari ne l’intéressait pas et elle poursuivit :


- Elle voulait qu’il installe un lavabo et des sanitaires, qu’il isole la pièce et pose une porte blindée. Manuel lui avait demandé pourquoi et elle a répondu que c’était une chambre de punition. Nous Portugais ne savons pas ce que ça signifie. Alors Manuel a accepté et elle nous a donné 50 000 euros.

Elle crut devoir ajouter comme si c’était une justification :


- Mon Manuel il a tout bien fait, il a transformé cette cave en petit bijou.

L’inspecteur marmonna :


- Plus vite, aux faits.

Mais Maria ne répondait plus, tétanisée par la prise de conscience de la gravité de ses actes. Elle fondit en larmes en poussant des braillements dramatiques. Bernard bondit de son siège et se rua dans la cuisine où il s’empara de la morue avant de revenir dans le salon en la brandissant comme une arme. Elle cria encore plus fort en le voyant s’approcher d’elle. Manuel alerté par le bruit et toujours en slip et en chaussettes apparut dans l’entrée du salon ce qui eut pour effet d’exacerber la colère du flic qui hurla :


- Toi le masturbateur, retourne faire joujou dans ta chambre.


Celui-ci penaud tourna les talons et regagna son lit en se grattant les couilles.

Son attitude grotesque suscita un sourire chez l’inspecteur, ce qui eut pour effet de dissiper la tension. La concierge qui avait été calmée par le numéro du flic reprit ses esprits pour déclarer :


- Je vais tout vous dire.

- J’espère, répondit l’inspecteur qui avait repris sa place et posé la morue sur l’accoudoir. Je vous écoute.

- Trois mois plus tard elle est revenue pour nous dire qu’il y avait un « locataire » dans la chambre de punition, c’était Monsieur Georges.

Bernard sortit une photo du disparu de sa poche avec une telle vivacité qu’elle poussa un cri craignant qu’il ne l’agresse :

- C’est lui !

- Oui ! répondit-elle sans hésiter.

- Et comment vous a-t-elle expliqué la situation ?

- Elle nous a dit que ce Monsieur était puni pour avoir fréquenté des filles.

- Et quoi d’autre ? l’interrompit Bernard avide de détails.

- Je lui ai demandé plus de précisions parce que je trouvais que ça n’était pas trop grave, d’ailleurs mon Manuel une fois...

Elle n’eut pas le temps de poursuivre car le flic hurla :


- Je me fous de votre obsédé !

Puis il se reprit :


- Essayez de vous souvenir de tous les détails ;

- Oh j’ai une bonne mémoire. Elle m’a précisé que c’était très grave parce que sa femme s’était sacrifiée pour lui et qu’elle réclamait une vengeance à la mesure de la trahison dont elle avait été victime.


L’inspecteur resta muet de longues secondes après cette réponse. Tous ces détails se télescopaient dans son cerveau sans réussir à s’agglutiner pour former un ensemble. Et soudain, et comme par magie ils s’aimantèrent les uns aux autres pour composer un raisonnement : ce qu’elle lui décrivait était la réalisation de la vengeance d’une des femmes auditionnées : il tenait le scoop qui ferait revenir Adèle !


Il sursauta de joie, embrassa la morue et entama une sarabande autour du salon en enlaçant le poisson. Son comportement eut pour effet d’affoler Maria plus qu’elle ne l’était déjà car elle pensa qu’elle avait affaire à un fou. Elle voulait à tout prix terminer l’entretien et elle lui dit d’une petite voix :


- Je peux continuer, je vous donne tous les détails et après vous partez.

- D’accord ! acquiesça-t-il en s’affalant dans son siège.

- Elle a déclaré que je devais bien m’occuper de lui parce qu’il devait tenir trois mois avant de mourir et qu’elle me payerait 50 000 euros par mois. Elle m’a ensuite conduite dans la cave pour me le présenter et m’expliquer ce que je devais faire.

- Le Monsieur était installé sur un fauteuil d’handicapé, menotté aux pieds et aux mains et attaché à une chaîne d’environ un mètre de long scellée dans le mur. La première fois que je l’ai vu il a hurlé qu’il voulait être libéré et injuriait la dame qui a sorti un pistolet « Taser » de son sac et lui a tiré dessus. Il s’est tordu de douleur et j’ai cru qu’il allait mourir mais il a malheureusement survécu. Il s’est ensuite prêté docilement à ses exigences et la dame a débuté ma formation. Ah elle était gentille et patiente avec moi pour que je comprenne bien tout ce qu’elle me demandait et elle avait affiché les instructions sur le mur. Je m’en souviens très bien :

1/ Tirer sur le condamné avec le Taser s’il était agité

2/ Allumer la télévision et glisser un film porno dans le lecteur de DVD

3/ Mettre en place l’anneau pénien.


Elle en parlait sans émotion comme si elle décrivait le nettoyage d’une salle de bains ou la sortie des poubelles. Bernard prenait des notes pour s’assurer qu’il enregistrait tous les détails pour les restituer fidèlement à Adèle mais s’arrêta sur l’anneau pénien :


- À quoi ressemblait ce truc ?

- C’était une bague en acier avec des pointes à l’intérieur d’un diamètre légèrement supérieur à celui de sa quéquette au repos répondit-elle avant d’ajouter agacée :

- Mais laissez-moi poursuivre et vous comprendrez.

Le N° 4 était le suivant : Lui pincer le nez pour lui faire avaler deux pilules bleues puis sortir et refermer la porte à double tour. La madame m’avait expliqué comment ça fonctionnait : les pilules entraînaient une érection à la vue du film porno et les pointes pénétraient dans la chair jusqu’à ce qu’il débande, ce qui prenait du temps à cause des médicaments. La patronne m’avait dit qu’il devait être puni par où il avait péché.


- Machiavélique ! lâcha l’inspecteur fasciné, avant de lui demander :

- Mais combien de temps a duré cette torture ?

- Presque trois mois, répondit-elle ajoutant : j’ai tout bien fait comme me l’avait demandé la patronne et j’ai mérité mon argent.

- Tous les matins je lui apportais sa nourriture, je m’occupais de sa toilette et je désinfectais ses plaies avec de l’alcool à 90 degrés. Je ramassais aussi l’anneau pénien que je nettoyais avec de l’eau de Javel et j’organisais l’après-midi la petite séance de cinéma porno. Au début c’était un peu difficile et je devais souvent utiliser le Taser mais à la fin il s’était résigné.

- Le problème était qu’il bandait de moins en moins facilement et que l’état de sa quéquette se dégradait. Je devais donc augmenter les doses jusqu’au moment où ça n’a plus fonctionné. J’en ai parlé à la madame qui m’a donné un médicament plus fort qui a été efficace.

- C’était une semaine avant son décès et c’était très pénible pour moi parce qu’il hurlait quand les pointes s’enfonçaient dans ses chairs tuméfiées et aussi parce qu’il me suppliait de le tuer, ce que la patronne m’avait interdit. Trois jours avant sa mort, je lui ai administré une dose si forte qu’il n’a plus arrêté de bander.

- La situation devenait de plus en plus difficile parce qu’il gémissait tout le temps car son machin avait doublé de volume et que les pointes s’étaient incrustées dans la peau. Et puis trois jours plus tard sa quéquette est tombée et il est mort.


Elle poursuivit avec une incroyable froideur :


- Comme j’avais bien travaillé, la madame m’a payé le mois complet et avec tout cet argent nous avons réalisé notre rêve en retournant chez nous.

Un silence pesant s’installa dans la pièce pendant que Bernard rangeait méticuleusement ses affaires et qui ne fut rompu que par la concierge :

- Je vous ai tout dit, monsieur l’inspecteur, alors promettez-moi que je ne devrais pas rembourser cet argent.

- Non, lui répondit le flic en se levant.

Il se dirigea vers la sortie en ajoutant d’une voix ferme :


- Mais profitez-en rapidement parce que ce n’est pas en enfer que vous le dépenserez.


À ces mots, Maria terrifiée fit le signe de croix et Bernard quitta l’appartement en claquant la porte.


 
 
 

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