top of page

Le rêve d'un rêve. Chapitre 12 : Lisbonne

  • StanislasMleski
  • 15 juin 2023
  • 16 min de lecture



Maurice était si excité le lendemain qu’il avait réveillé toute la caravane à 6h du matin en claironnant :

- Nous partons à Lisbonne !

Brunnehilde surprise observa :

- Mais le docteur Domingues est absent.

- Justement, répliqua Maurice, nous allons en profiter pour fouiller son appartement, il doit bien y avoir quelque part l’adresse de l’asile où est détenue Luana.

- Mais tu veux commettre une infraction alors que tu n’as jamais reçu la moindre contravention remarqua malicieusement Gudrun

- Ce n’est pas un crime, c’est un acte légitime pour faire cesser une détention abusive répondit Maurice avec un certain art de la dialectique .

Elles rigolèrent et acquiescèrent :

- Et bien allons à Lisbonne !


La capitale était distante de 250 km qui furent parcourus en trois heures d’autoroute ce qui leur permit de s’installer au camping municipal en fin de matinée. Maurice détela aussitôt la caravane pour rejoindre Lisbonne avec la Laguna . Le docteur habitait dans le quartier huppé du Castelo St Jorge difficilement accessible en voiture dans cette ville de ruelles tortueuses et embouteillées. Ils perdirent beaucoup de temps pour trouver le quartier et surtout une place de stationnement. Le docteur Domingues habitait Rio de San Antonio, une rue située en dessous du château avec une vue magnifique sur le Tage.

Il y possédait un immeuble somptueux dont le premier étage était réservé à son cabinet . Sa plaque professionnelle indiquait :

- « Docteur Esteban Domingues, Neuro -Psychiatre, Membre du Conseil National De Santé Mentale »

Maurice avait prévu de vérifier la réalité de son absence en entrant dans le cabinet pour prendre un rendez-vous .

La secrétaire ressemblait plus à une actrice pornographique qu’à une assistante médicale. L’ accueil était décoré de tentures rouges, de parquet et d’un mélange de meubles design et d’époque qui puait le fric mal gagné.

Elle ouvrit la porte par l’interphone et accueillit Maurice installée à son bureau. Elle l’invita à s’installer sur une chaise de son bureau, tira sur sa jupe trop courte et lui demanda s’il venait pour solliciter une consultation pour l’internement d’un de ses parents. Elle ajouta que le docteur Domingues était spécialiste de l’évaluation des pathologies mentales et que sa signature était si renommée qu’aucun juge ne l’avait jamais démenti. Elle poursuivit la promotion de son patron en précisant qu’il avait sauvé la paix et le patrimoine de plusieurs centaines de familles en obtenant l’internement de ceux qui troublaient la tranquillité et l’harmonie familiale.

Elle reprit son souffle et ajouta avec un sourire de circonstance de ses lèvres peinturlurées :

- Bien sûr, tout a un coût et le docteur réclame au tuteur à titre d’honoraires 10 % du patrimoine de l’interné .J’ajoute qu’il place ses patients dans la meilleur établissement psychiatrique du Portugal, l’asile des Hospitaliers de St Jean à la campagne près de Covilha dans le centre du pays . D’ailleurs il y interné sa pauvre femme ce qui témoigne de la qualité des soins qui y sont dispensés.

Son ignoble baratin terminé elle lui demanda :

- C’est pour un père, une mère ou votre femme ?

Maurice qui avait décidé d’en savoir plus joua le jeu :

- C’est pour ma femme, elle n’est pas vraiment folle mais elle est devenue insupportable et s’est fâchée avec toute la famille.

- Le docteur considère qu’une épouse qui trouble l’harmonie familiale présente un signe de déséquilibre mental répondit-elle avant de questionner sur sa situation financière

- Elle a hérité d’une immense fortune au décès de ses parents.

Et il ajouta sur le ton de la confidence :

- C’est la raison pour laquelle je ne peux pas divorcer

- Je comprends dit-elle compatissante, le docteur vous aidera mais il est actuellement absent car il participe à un congrès en Argentine et ne reviendra que samedi .

Elle ajouta :

- Je vous propose un rendez-vous dès le lundi suivant.

Maurice donna son nom, remercia la pulpeuse idiote et s’éclipsa.

Les deux walkyries l’attendaient dans la rue . Il sortit de l’immeuble avec un grand sourire en proclamant ;

- Nous partons demain à Covilha !


Covilha était une petite ville sans intérêt située au milieu du Portugal à 280 km de distance de la capitale. Maurice toujours aussi motivé était parti à 6 H du matin en laissant la caravane au camping municipal pour gagner du temps. Quelques kilomètres avant l’entrée de la ville une pancarte indiquait une bifurcation vers de l’asile en direction de la Sierra Estrella. Quelques kilomètres plus loin l’établissement était fléché vers un chemin de terre au bout duquel se profilait un imposant bâtiment. Il s'agissait d’un complexe composé de deux édifices. Le premier avait l’apparence d’un ancien bâtiment religieux abandonné derrière lequel avait été construit un bâtiment hexagonal de style moderne qui ressemblait à un bunker surmonté d’une croix et affichant ; “Maison de santé mentale des Hospitaliers de St Jean”.

Maurice tout énervé et pensant enfin toucher au but sonna à l’unique porte d’entrée blindée qui s’ouvrit sur un sas donnant sur une grille et un kiosque protégé dans lequel se tenait un vigile patibulaire qui demanda dans d’un ton peu amène au travers de son hygiaphone :

- C’est pourquoi !

- Je voudrais rendre visite à une amie, Mme Luana Domingues.


Il consulta un registre pour revenir vers lui et déclarer :

- Elle est placée en secteur fermé et vous ne pouvez la voir qu’avec l’autorisation de son tuteur le docteur Domingues.

Maurice tenta de dire qu’elle était un amie de longue date et qu’il venait de très loin pour la rencontrer mais l’autre brute avait fermé l’hygiaphone et ne s’intéressait plus à la conservation.

Il aurait pu se décourager devant ce nouvel obstacle qui semblait insurmontable mais bien au contraire cette déconvenue et les conditions de son internement avaient renforcé sa volonté de libérer sa Luana dont il avait enfin retrouvé la trace.

Il claqua la porte de toutes ses forces en hurlant :

- A nous deux, docteur Domingues !!


Maurice avait exposé son plan dans la voiture. Il consistait à entrer par effraction dans l’appartement du médecin pour le fouiller et trouver éventuellement des éléments compromettants qui serviraient de chantage pour obtenir la libération de Luana.

Les walkyries étaient impressionnées par sa détermination. L’agneau s’était transformé en loup ce qu’elles lui firent remarquer :

- Vous serez comme moi le jour où votre cerveau sera allumé par l’étincelle du rêve, répondit-il

- Si seulement, soupirèrent les deux sœurs.


Ils avaient décidé de passer à l’action le soir même. La route était très chargée et l’entrée de Lisbonne embouteillée. Ils atteignirent le centre-ville vers 18 h et décidèrent d’attendre l’obscurité . Ils en profitèrent pour se restaurer bien entendu dans un restaurant qui servait ce si délicieux jambon portugais de montagne. Ils s’approchèrent de l’immeuble à la nuit tombée. Le portail en mauvais état céda sur un coup d’épaule de Gudrun mais la porte du palier était blindée et constituait un obstacle infranchissable. Brunnehilde proposa de repérer les fenêtres qui étaient situées à faible hauteur puisque l’appartement était au premier étage. Elles firent le tour du bâtiment et Gudrun accéda facilement à une fenêtre en montant sur les épaules de sa sœur qu’elle réussit à ouvrir en pesant de tout son poids sur un des battants. Malgré l’intensité du moment Maurice admira leur force et leur agilité comme s’il était au spectacle.

Gudrun réapparut une demi-heure plus tard avec un grand sourire en brandissant un trousseau de clefs. Maurice commenta :

- Tout le monde laisse un double de ses clefs chez soi.

L’appartement était immense et somptueux . Les murs du salon de réception étaient comme ceux de son cabinet recouverts de tissus tendu rouge et les sols en parquet d’époque marqueté au centre de la pièce. Le tout était meublé de fauteuils en cuir et de meubles anciens. La salle à manger qui succédait au salon était du même goût et donnait sur une troisième pièce qui faisait office de bureau.

Deux armoires fermées recouvraient les murs. Ce fut un jeu d’enfant pour les walkyries de crocheter les serrures et de les ouvrir. La première contenait des dossiers individuels de ses patientes . Maurice les parcourut sans tout comprendre mais il s’agissait pour la plupart de femmes qui avaient été placées à l’institution des hospitaliers de St Jean au prétexte d’une pathologie délirante.



Chaque dossier contenait son diagnostic d’internement, un inventaire d’huissier du patrimoine de l’aliénée et une facture de 10% de la valorisation des biens qui était adressée au mari...

Il y avait aussi un dossier Luana qu’il n’osait pas consulter par crainte de découvrir les souffrances de la femme de ses rêves. Mais il était persuadé que la vérité devait éclater et il ouvrit le classeur en s’armant de tout son courage. Luana avait été internée il y a 20 ans au motif d’une schizophrénie paranoïde parce qu’elle aurait tenté d’assassiner son mari. Il avait posé le diagnostic lui même sans que cela ne choque personne et réussi à se faire désigner comme tuteur de la fortune de sa femme.

De nombreux rapports du médecin chef de l’asile mentionnaient la révolte de Luana mais plus elle se révoltait et plus elle était prise pour une folle dangereuse. Elle avait refusé de s’alimenter au début de son internement mais avait été nourrie de force puis avait peu à peu cédé à l’action des neuroleptiques puissants qui lui avaient été administrés . L’accumulation de ces poisons avait entraîné des dégâts neurologiques qui imposaient le recours à un fauteuil roulant depuis deux ans ainsi qu’une perte de la parole.

Il referma le dossier débordant d’amour pour elle en même temps qu’il était rempli de haine pour son tortionnaire ;

L’autre armoire contenait des classeurs de relevés bancaires et de contrats que Maurice n’était pas en mesure de décrypter et encore moins les walkyries qui ne savaient pas lire.

Brunnehilde suggéra de tout embarquer et de soumettre ces documents à un professionnel pour qu’il les interprète . C’était la bonne idée, ils rangèrent tout ce matériel dans trois grandes valises trouvées sur place et regagnèrent leur camping.

La nuit de Maurice fut traversée de cauchemars ou plutôt d’un seul qui représentait Luana tombée de son fauteuil, rampant vers lui le bras tendu en le suppliant de la libérer.


Le lendemain dès 9H ils sonnaient à la porte du premier cabinet d’avocats qu’ils avaient trouvé dans le Rio de San Antonio .

Esteban Goridies était un avocat fauché et sans clients qui s’évertuait à démontrer le contraire: il était soit disant injoignable car débordé d’affaires et s’arrangeait toujours pour arriver en retard et persuader ses clients qu’il leur accordait une faveur en acceptant de les recevoir.

Ce matin il dégustait un expresso sur la terrasse du café situé en face de son cabinet quand il avait vu arriver un plouc entouré de deux géantes qui portaient trois valises. Il avait tout de suite flairé la bonne affaire et avait calmement terminé sa boisson avant de les rejoindre juste le temps de les laisser mijoter.

Il avait ensuite traversé la route pour se présenter, leur ouvrir son cabinet et les installer dans la salle d’attente. C’était un local pourri au rez de chaussée d’un immeuble mal entretenu composé d’un accueil sans secrétaire, d’une salle d’attente qui donnait sur la route et d’un bureau en bordel. Maître Goridies n’était ni beau ni moche, ni jeune ni vieux, apparemment sans beaucoup de clients mais c’était le seul qu’ils avaient sous la main .

Il leur demanda l’objet de sa visite après les avoir invités à s'asseoir.



Maurice répondit qu’ils cherchaient des renseignements sur le docteur Domingues ce qui provoqua l’exclamation de l’avocat :

- Ce cher docteur a défrayé la chronique locale depuis que sa femme lui a tiré dessus et qu’il l’a internée. Il affiche un train de vie princier et dilapide des fortunes au jeu et avec les femmes sans que l’on connaisse l’origine des fonds.

Il ajouta :

- Mais il est protégé par ses relations et semble agir en toute impunité.

Maurice reprit son exposé :

- Nous avons récupéré de nombreux documents qui le concernent et nous souhaitons que vous les examiniez pour vérifier la régularité de ses opérations.

- D’où viennent ces documents ? questionna l’avocat

- Ça n'a aucune importance ! répliqua fermement Maurice. Je vous offre 15 000 euros et je veux une réponse vendredi après midi au plus tard.

- Mais c’est impossible, vous avez trois valises de documents ! se lamenta Goridies.


Maurice savait qu’il jouait sa dernière carte et qu’il serait impossible de libérer Luana s’il n’arrivait pas à compromettre le médecin. Rien ne pouvait l’arrêter et il ajouta sans se dégonfler comme un joueur de poker qui renchérit :

- Et je vous offre 15 000 euros de plus si vous démontrez l’existence d’infractions.

Puis sans laisser le temps de répondre à son interlocuteur il s’avança vers lui en le fixant :

- En résumé je vous offre une petite fortune tout de suite et la même somme dans deux jours si vous réussissez à démontrer le mécanisme frauduleux de cette ordure. Alors dîtes-moi si vous acceptez car dans le cas contraire je vais immédiatement proposer le contrat à un autre de vos confrères.

L’avocat se gratta la tête avant de déclarer :

- Ok.

Maurice décompta la première somme qu’il remit à son conseil qui se leva pour les congédier en leur expliquant qu’il se mettait immédiatement au travail .

Il les raccompagna à la porte et leur posa une question qui le taraudait :

- Puis je vous demander quel est votre mobile ?

- Réaliser un rêve répondit-il.

Le reste de la journée du mercredi fut consacré à la récolte des billets de banque et à une visite à l’office du tourisme de l’Algarve pour recueillir des informations sur les spots de surf du pays.

Elles n’avaient pas perdu de vue leur mission mais elles s’étaient attachées à Maurice, Estela, Guadalupe et Luana, ces humains dont l’existence était animée par la magie mystérieuse de cette force qui les aimantait vers l’autre.

Elles avaient pris conscience qu’elles n’étaient que des machines de guerre qui exécutaient des ordres et agissaient sans connaître le sens de leur vie et désiraient maintenant, sans vraiment oser se l’avouer, connaître cette sensation qui donnait une raison de vivre. Mais elles étaient encore des walkyries chargées de retrouver le fameux Stanford et d’amener son âme au walhalla pour fournir les armes qui permettront de gagner la bataille finale.

Ils passèrent le jeudi au camping. Maurice était partagé entre l’espoir et l’angoisse.



Les deux walkyries préparaient leur mission.

Certes, elles retrouveraient certainement ce Stanford, pourraient emporter son âme comme pour les autres guerriers, mais la seule mais énorme différence était que les guerriers morts adhéraient au projet et désiraient se couvrir de gloire dans les armées d’Odin.

Mais comment se comporterait une âme qui serait transférée de force et qui refuserait de collaborer ? Les dieux qui leur avaient assigné cette mission ne s’étaient pas posé la question car ils étaient enfermés dans leurs schémas de pensée et imaginaient qu’il n’était pas envisageable de refuser une place au walhalla.

Mais ils ne s’étaient jusqu’à présent adressés qu’à des brutes sanguinaires fermées à toute spéculation intellectuelle.

Or elles avaient découvert au cours de leur périple des humains qui vivaient dans les étoiles de leur cerveau et qui poursuivaient des buts élevés ou des rêves incroyables.

Quelle serait donc la réaction de ce Stanford quand elles lui proposeraient de l’emmener dans leur paradis de fureur guerrière ?

Elles n’avaient pas de réponse ce qui les plongea dans une profonde torpeur dont elles s’échappèrent en entendant le bruit d’une des trois boîtes en plastique qu’elles avaient achetées à Séville.

C'était Estela qui donnait de ses nouvelles. Elle n’avait pas besoin de préciser qu’elle était heureuse car son bonheur résonnait dans sa voix. Tout se passait bien, elle adorait sa nouvelle vie, ses études et bien entendu Guadalupe qui l’aidait à surmonter les obstacles qui pouvaient se dresser sur son nouveau parcours. Elle voulait les revoir et tous étaient enchantés de retrouver la fraternité de leur rencontre. Maurice avait même déclaré qu’il les inviterait cet été à Monchique quand il aurait reconquis la place.


Ils avaient rendez- vous ce vendredi à 14 h au cabinet de Me Goridies. Bien entendu il était en retard et ils l’avaient attendu sur la terrasse du café d’en face. Ils l’aperçurent montant péniblement la pente de la rue l’air harassé et le teint livide ce qu’ils interprétèrent avec panique comme l’augure d’une mauvaise nouvelle jusqu’à ce qu’il les reconnaisse et leur crie triomphant :

- On tient cette ordure !

Ils se levèrent tous les trois et l’applaudirent sous les yeux médusés des autres consommateurs du bar qui pensèrent que pour une fois Me Goridies avait gagné un procès.

Celui-ci parcourut les quelques mètres qui le séparaient de son cabinet comme un césar fêtant son triomphe sur le forum. Ils s’engouffrèrent derrière lui quand il ouvrit la porte et le suivirent dans son bureau encombré de documents éparpillés sur tous les meubles et sur le parquet .

L’avocat les prévint tout de suite :

- Surtout ne déplacez rien, ce n’est pas du désordre, tout est organisé par thème et par affaire.

Il sourit et ajouta :

- Je crois que j’ai gagné 15 000 euros de plus.

Maurice qui était très tendu lança :

- Nous vous écoutons.


Me Goridies prit une profonde inspiration et se lança :

- Le docteur Domingues a commis une multitude d’infractions, détention arbitraire, corruption, faux et usage de faux, escroquerie, abus de confiance, fraude fiscale de quoi l’envoyer directement en prison !

L’avocat poursuivit :

- Le médecin a servi de nettoyeur pour toutes les grandes familles de la région qui voulaient se débarrasser d’un parent encombrant ce qui se lit dans des lettres de remerciement de clients qui sont du genre : « je vous remercie de m’avoir fait confiance en envoyant ma femme à l’asile sans l’avoir examinée et sur le fondement de mes seules déclarations. Grâce à vous j’ai pu reconstruire ma vie avec ma nouvelle compagne. J’attends l’inventaire du patrimoine de ma femme dont j’ai été nommé tuteur pour vous adresser votre chèque »

Il s’exclama :

- En plus il était tellement prétentieux ce con qu’il a gardé tous les témoignages de satisfaction !

Puis confus de cette grossièreté il s’excusa et poursuivit :

- Comme il était un expert reconnu, la malheureuse était internée d’urgence et le juge des tutelles entérinait.

- Mais c’est un tortionnaire ! s’exclama Maurice

- Et ce n’est pas fini déclara l’avocat complètement passionné par son dossier. J’ai découvert qu’il avait acquis 35% de la clinique psychiatrique des Hospitaliers de St Jean au moment de sa privatisation.

Il claqua dans ses mains pour ponctuer sa déclaration :

- Ainsi il touchait de tous les côtés, les honoraires réglés par ses clients et les juteux dividendes versés par la clinique privée.

Ils étaient tous sidérés par l’horreur et l’ampleur de la forfaiture de ce médecin qui avait sacrifié des êtres humains sur l’autel du fric.

Les walkyries stupéfaites déclarèrent :

- On n’a jamais vu une telle traîtrise au walhalla

- C’est le côté sombre de l’âme humaine qui peut être lumineuse comme celle de Guadalupe ou noire comme celle de Domingues répondit leur nouvel ami.

L’avocat ne prêta aucune attention à ce dialogue ésotérique car il préparait son effet final :

- Et ce n’est pas tout, il a détourné la fortune de Luana en la plaçant sur un compte en Suisse qui est crédité de plus de trois millions d’euros et dont il avait soigneusement noté le numéro I


Me Gorides triomphait. Il avait mis à jour un scandale qui mettait en cause le psychiatre le plus réputé du pays et une partie de cette haute société lisboète qui l’avait toujours méprisé . il tenait sa revanche .

Il répondit à ses clients qui lui demandaient comment un tel détournement était possible :

- C’est un jeu d’enfant. Le tuteur gère les valeurs immobilières de l’incapable comme il l’entend car les contrôles qui sont prévus par la loi ne sont jamais effectués faute de moyens et de volonté. Il jouissait d’une totale impunité car personne ne se permettrait de mettre en doute la parole de quelqu’un comme le docteur Domingues.

- Par contre, le tuteur ne peut pas vendre les biens immobiliers sans l’accord de son administrée ou à défaut d’une décision du Juge des tutelles après une audience contradictoire et publique en présence de l’ aliéné, ce qu’il voulait bien entendu éviter. C’est l’unique raison pour laquelle il a gardé la maison de Monchique.


Le tortionnaire était confondu mais quel moyen employer pour obtenir une libération rapide de Luana.

L’avocat avait pensé à tout :

- Vous le rencontrez et vous lui expliquez que vous avez découvert ses malversations et que vous possédez tous ses documents qui le prouvent. Vous lui précisez que seul le sort de Luana vous intéresse.

- Mais toutes les autres victimes ? objecta Maurice

- On va y arriver mais laissez-moi terminer, répondit l’avocat

- Il faut qu’il conserve l’illusion qu’il n’a pas tout perdu et que vous vous désintéressez de ses autres crimes et il fera tout ce que vous lui demanderez pour sauver sa peau.

- Et en pratique ?

- Vous lui demandez de rédiger un certificat médical établissant que Luana est guérie, ce qui justifie la fin de son internement . Ensuite vous exigez qu’il téléphone au juge des tutelles qui doit être un de ses amis pour qu’il signe en urgence une ordonnance de mainlevée de la mesure. Enfin vous l’obligez à transférer immédiatement le montant des sommes du compte suisse sur celui de Luana.

- Quand Luana sera sortie vous lui rendrez ses documents et j’entre en jeu .

Me Gorides s’expliqua :

- Bien entendu nous allons photocopier les pièces les plus accablantes et je compte sur vous pour m’aider à le faire cet après midi. Vous me téléphonerez dès que vous serez installés à Monchique et je balancerai le dossier au procureur de la république et à la presse ce qui entraînera un énorme scandale et m’apportera la notoriété dont j’ai été privé jusqu’à présent. Évitez de mentionner que vous avez pris un avocat pour éviter d’éveiller sa méfiance.

Tous acquiescèrent et aidèrent l’avocat à photocopier le dossier ce qui les occupa jusqu’à la fin de la soirée . Ils le quittèrent à la nuit tombée après avoir répété leur scénario


Le vol de Buenos Aires atterrissait à 10.30 à Lisbonne et ils avaient décidé de l’attendre chez lui. Aussi s’étaient -ils rendus à l’appartement vers 10H un peu en avance pour se laisser le temps de s’organiser. Mais une surprise les attendait.

A peine avaient-ils tourné le clef dans la serrure qu’une jeune femme s’écriait qu’il était en avance et apparaissait dans le salon nue tout juste chaussée de cuissardes . Effrayée elle s’apprêta à crier mais Brunnehilde bondit sur elle et l’empêcha d’émettre le moindre son en l’étranglant d’une main avant de relâcher son étreinte pour la rassurer :

- Nous ne te voulons aucun mal, nous attendons le docteur Domingues pour lui proposer un contrat.

Elle se calma. Elle paraissait très jeune et Maurice lui demanda son âge :

- J’ai 17 ans !

- Mais à cet âge tu devrais être sur la plage à jouer avec tes copains et tes copines.

- Je sais, répondit’ elle d’un air penaud, mais il me donne beaucoup d’argent

- En plus c’est un pédophile ! s’indignèrent-ils

Brunnehilde reprit la situation en mains, lui ordonna de se rhabiller et l’enferma dans la réserve de l’appartement.


Le docteur chantonnait en montant les marches de l’escalier égayé à la perspective de consommer de la chair fraîche que son fournisseur habituel lui avait particulièrement recommandée . Il ouvrit la porte et s’apprêtait à poser sa valise quand une géante bondit sur lui et l’immobilisa. En face de lui, assis sur le canapé se tenaient une autre géante et une espèce de plouc. Il avait le physique de l’emploi, celui d’un vieux beau, habillé avec une élégance prétentieuse d’un costume trois pièce, d’une cravate de mauvais goût et de chaussures trop brillantes.

Il avait l’air terrorisé car il craignait une agression.

Maurice le rassura :

- Nous voulons juste te montrer quelque chose .

Il le prit par le bras et le conduisit dans le bureau et ouvrit les armoires vides devant les yeux effarés du médecin.

- Nous détenons toutes tes archives et nous sommes en mesure de démontrer tes malversations, les faux certificats, la corruption, les abus de confiance, la fraude fiscale et tout le reste.

Le médecin s’effondra sur la fauteuil de son bureau, sa vie était foutue.

Mais Maurice poursuivit :

- Nous ne nous intéressons pas à toutes tes magouilles, nous voulons simplement que Luana soit libérée et que sa fortune lui soit restituée. Donc tu établis immédiatement un certificat médical établissant que ta femme est guérie, tu recrédîtes son compte des sommes dissimulées en Suisse et tu te démerdes malgré le week end pour avoir dès demain matin une ordonnance du juge levant la tutelle. Dimanche à 10 H précises tu nous donnes l’ordonnance et nous te restituons tous tes documents. Sinon nous balançons toutes les preuves au procureur et à la presse .

Domingues tentait de réfléchir rapidement. Il ne pouvait évidemment pas prévenir la police et il pouvait éviter le scandale en suivant les instructions de ces trois allumés qui voulaient libérer sa folle de femme.

Il s’exécuta, fit l’attestation, réalisa le virement sous leurs yeux et téléphona au juge qui faisait partie de ses amis en insistant sur l’urgence de rétablir dans ses droits sa femme qui était guérie.

Ils se préparaient à se quitter quand Gudrun rappela qu’il y avait une gamine dans la réserve et alla la chercher et lui demanda le prix convenu :

- 3 000 euros, répondit-elle

- Tu lui donnes tout de suite, exigea-t-elle

Il la paya de mauvaise grâce. Gudrun lui envoya un grand coup de poing dans la figure avant de fermer la porte :

- C’est mon cadeau pour la petite.


Le lendemain matin à l’heure prévue Domingues leur remit l’ordonnance et ils lui restituèrent ses trois valises de documents. Ensuite ils se serrèrent la main comme des adversaires à la fin d’un match.



Avant qu’ils ne s’éclipsent le médecin interpela Maurice et lui demanda :

- Mais pourquoi faites-vous tout cela ?

Pour quelque chose qu’une ordure comme toi ne peut pas comprendre, pour un rêve.

Commentaires


bottom of page