Le rêve d'un rêve. Chapitre 16 : Naissance d'une famille
- StanislasMleski
- 18 juil. 2023
- 10 min de lecture

Brunnehilde et son Stanford n’avaient pas pris leur petit déjeuner car ils avaient consacré leur matinée à la célébration d’Eros.
Ils s’extirpèrent du lit pour se précipiter tous les deux dans la douche en entendant la cloche du déjeuner et arrivèrent ébouriffés sur la terrasse en même temps que Berkeley et Gudrun qui revenaient du jardin.
Maurice et Luana les attendaient avec un sourire bienveillant et chacune présenta son acquisition.
Bien entendu Stanford ajouta son grain de sel :
- Nous sommes des otages conditionnels abusés sexuellement par nos geôlières.
Luana ne fut pas décontenancée par son humour et éclata de rire en ajoutant :
- Vous avez pourtant l’air réjoui d’avoir subi ces abus !
Juste avant de passer à table elle leur demanda :
- Quel âge avez vous ?
- Nous avons tous les deux 38 ans, répondit Berkeley .
Quelques larmes discrètes coulèrent sur le visage de Luana :
- C’est l’âge qu’aurait mon fils .
Puis elle ajouta avec un merveilleux sourire qui signifiait qu’elle les adoptaient :
- Vous êtes les bienvenus à Monchique.
Luana s’était assise au bout de la table qui était dressée comme d’habitude avec une place vide à côté d’elle occupée par l’urne .Les deux garçons avaient pour une fois compris que toute question serait incongrue.
Le repas avait débuté avec la traditionnelle entrée de tranches de jambon accompagnées d’une salade de tomates mais les deux captifs conditionnels avaient soigneusement évité de se servir en charcuterie. Gudrun qui s’en était aperçu en avait proposé à Berkeley qui avait avoué qu’ils étaient végétariens ce qu’ils n’avaient pas osé confesser le vieille.
Elle s’adressa violemment à son otage :
- Ce sera un gros problème entre nous.
Berkeley parut si désarçonné par sa réflexion qu’elle le rassura aussitôt :
- Je plaisantais rien ne peut être un problème entre nous
Et elle l’embrassa devant tout le monde.
Luana raconta son incroyable histoire aux deux nouveaux pendant le déjeuner et chacun se retira ensuite pour la sieste, les uns pour se reposer, les autres pour poursuivre leurs cavalcades amoureuses.
Un moment difficile attendait Brunnehilde dans l’après midi puisqu’il s’agissait de convaincre Maurice de se débarrasser de sa caravane
Elle le saisit affectueusement par le bras dès qu’il réapparut et l’entraîna dans le jardin :
- Je te dois quelques explications. Stanford est recherché par les services russes et américains parce qu’il détient le secret d’une arme déterminante. Nous avons appris qu’ils avaient été repérés et les avons enlevés pour les soustraire à l’attaque prévue ce soir.
Maurice la regarda avec dureté. C’était la première fois qu’elle le voyait ainsi.
Il lui demanda quel était leur rôle et l’objet de leur mystérieuse mission.
Elle tenta d’esquiver le problème en répondant qu’elle ne pouvait pas lui répondre pour le moment. Il lui dit qu’il espérait qu’elles n’avaient pas d’intention malveillante à leur égard et lui demanda de poursuivre :
- Je leur ai tendu un piège ce soir pour qu’ils s’éliminent réciproquement mais leurs gouvernements n’abandonneront pas et ratisseront la région pour le retrouver.
Ils enquêteront sur nous sans rien apprendre car nous n’avons donné aucune information mais ils découvriront que nous logions dans une caravane et c’est notre point faible.
Elle marque un temps d’hésitation avant de se lancer :
- Il faut la faire disparaître !
Maurice la regarda incrédule :
- Mais c’est impossible, elle représentait mon seul message d’espoir pendant les années grises de ma vie, j’y suis très attaché .
- J’en ai conscience mais à l’heure actuelle, c’est vital pour nous tous.
Il lui répondit avec lassitude :
- Bon d’accord mais j’espère que c’est pour une bonne cause. Et comment fais t’on disparaître une caravane ?
- J’ai une idée, mais il faut que nous quittions Monchique rapidement .
Ils avaient roulé pendant trois heures en remontant vers le nord sans destination précise, avec comme seul but de s’éloigner de la maison et de trouver un endroit isolé qui soit alimenté en réseau téléphonique .
Elle avait choisi un plateau déserté à proximité de la Sierra Estrella.
A sa demande, la caravane avait été abandonnée au milieu du plateau alors que la Laguna était garée sur la route .
Brunnehilde avait refusé de s’expliquer, se bornant à affirmer que chacun serait édifié après l’envoi des sms à 22H précises. Elle les avait soigneusement préparés ; ils contenaient la localisation de la grotte ainsi que les photos qui avaient été prises lors de la démonstration d’Emilio.
La tension était à son comble à 9H55 quand elle les avait quittés pour se rapprocher de la caravane. Elle s’était appuyée contre la porte d’entrée, avait expédié les textos à la seconde près aussi bien aux russes qu’aux américains et posé le téléphone contre le roue de la caravane avant de courir vers la voiture.
Elle avait tout juste rejoint la Laguna qu’un premier missile explosait la caravane suivi d’un deuxième exactement au même endroit.
Maurice ainsi que les deux otages étaient sidérés et attendaient une explication.
Elle leur avait calmement expliqué que les services secrets ne laissaient pas de traces vivantes derrière eux et que grâce à la géolocalisation du téléphone ils avaient voulu éliminer leur informateur désormais inutile.
Puis elle s’était retournée vers les otages :
- Vous me croyez maintenant ?
Ils avaient acquiescé d’un signe de la tête ce qui n’avait pas empêché son incorrigible Stanford de remarquer :
- Il ne reste plus qu’à savoir quel est votre rôle !
Brunnehilde lui mit un doigt sur bouche et lui répondit :
- Bientôt !
Le lendemain ils s’étaient tous levés tard pour se retrouver sur la terrasse à l’appel de la cloche qui annonçait le déjeuner. Brunnehilde s’était précipitée sur le journal qu’elle avait tendu à Stanford.
La presse locale faisait état d’évènements qui ressemblaient à un règlement de compte entre trafiquants de drogue avec sans doute plusieurs morts bien qu’aucun corps n’ait été retrouvé.
Le journaliste avait recueilli le témoignage de riverains qui parlaient de scènes de guerre qui avaient débuté aux environ de 22H avec des bruits d’explosion et d’échanges de tirs d’armes lourdes. Certains mentionnaient la présence d’hélicoptères.
D’après le chef de la police locale, le lieu de l’affrontement était une grotte aménagée qui servait sans doute de stockage de la drogue qui arrivait par bateau sur la plage. Il précisait que les premiers enquêteurs avaient trouvé des mares de sang sur le sol et de multiples impacts de tir sur les parois mais aucun cadavre ce qui laissait supposer que les protagonistes étaient des professionnels qui avaient emporté les corps afin d’effacer les traces Il se faisait peu d’illusions sur l’identification des coupables et terminait son point presse avec des phrases lénifiantes sur la puissance des cartels de la drogue qui avaient la capacité d’organiser de telles opérations et les dangers qu’ils représentaient pour les démocraties .
Brunnehilde s’était ensuite adressée à son otage :
- Je pense que tu es convaincu du danger qui te guettait !
Il lui répondit aussitôt :
- Oui, tu avais raison. J’ai échappé au Russes et aux Américains, mais comment vais-je me libérer de toi ?
La walkyrie piquée au vif répliqua :
- Tu n’es plus prisonnier et tu pars quand tu veux !
Chacun d’entre eux regrettait déjà les phrases qu’il avait prononcées et qui les plaçait dos au mur. Mais les mots avaient été lancés, s’étaient inscrits dans leur histoire et les avaient placés à un carrefour où ils devaient en quelques secondes choisir un chemin sans retour. Allaient ils abandonner leur orgueil, les voies dans lesquelles ils s’étaient engagés ou alors revenir à l’orthodoxie de leur destin et choisir leur devoir en sacrifiant leur renaissance sentimentale ?
Chacun pesa le pour et le contre pour s’apercevoir en quelques millièmes de seconde que la perte de l’autre était inenvisageable et qu’ils étaient destinés à poursuivre le chemin amoureux sur lequel ils s’étaient engagés même s’ils ignoraient où il les conduirait.
Stanford s’en tira d’une pirouette :
- Je ne peux pas partir tant que je ne connais pas le fin de l’histoire !
Brunnehilde soulagée de sa réponse le colla contre elle et l’embrassa tendrement .
Ils s’étaient tous assis autour de la table ronde de la terrasse selon le rituel implicite qu’ils avaient établi : Luana présidait, avec l’urne à sa droite et Maurice à gauche à côté de Brunnehilde et de son Stanford alors que Gudrun et son Berkeley .étaient situés de l’autre côté
Cette répartition avait été décidée au premier repas. Luana n’avait pas établi de plan de table si ce n’est l’alternance un homme, une femme.
Berkeley s’était instinctivement placé à côté de l’urne mais Gudrun l’avait doucement retenu pour prendre sa chaise en chuchotant :
- Tu as oublié que Donato était un homme.
A la fin du repas Luana avait demandé le silence pour annoncer :
- Notre cercle d’amis s’élargira ce soir avec Estela et Guadalupe qui ont décidé de fuir le confinement sanitaire qui frappera Lisbonne à partir de lundi.
Ils s’étaient séparés à la fin du repas pour vaquer à leurs occupations. Stanford s’était précipité dans le bureau qu’il s’était aménagé en annexant la chambre voisine pour poursuivre ses recherches fébriles sur son nouveau projet de protection anti nucléaire et Berkeley avait regagné le jardin dans lequel il projetait d’installer une serre.
Ils n’étaient à Monchique que depuis 3 jours si l’on se tenait au calendrier mais ils se comportaient comme s’ils étaient chez eux et installés pour toujours sous l’effet de la magie des sentiments et de cette symbiose de fraternité et de passion qui les unissait les uns aux autres.
Les deux walkyries s’étaient isolées au fond du jardin pour faire le point de la situation,
toutes les deux conscientes des contradictions auxquelles elles étaient confrontées.
Gudrun avait résumé la problématique :
- Les dieux nous ont confié une mission déterminante pour leur histoire et dont la réussite conditionne le sort du combat final. Nous avons retrouvé celui que nous cherchions et notre devoir commande de l’envoyer au walhalla mais nous ne le faisons pas car nous sommes corrompues par des sentiments humains. Nous devrions les tuer et emporter leurs âmes si nous étions fidèles à nos vœux.
Sa sœur, agacée par ce raisonnement implacable, glissa perfidement :
- Pourquoi les tuer, seul Stanford est concerné ?
La réponse fusa :
- Parce que tu crois peut être que je vais abandonner mon Berkeley !
Les choses étaient claires, elles étaient toutes les deux dans la même galère, confrontées à la même perplexité.
Brunnehilde nuança malgré tout son propos :
- Ça n’a aucun sens de l’envoyer chez nous s’il n’adhère pas au projet de défendre Odin comme tous nos autres valeureux guerriers.
- Tu as raison, concéda Gudrun, tu ne lui as pas encore posé la question mais tu peux supposer la réponse.
- Je sais, soupira Brunnehilde, j’essaierai de lui parler dans quelques jours quand l’occasion propice se présentera.
Elles étaient arrivées en fin d’après midi dans une golf décapotable remplie de valises . Guadalupe était d’une classe exceptionnelle pourtant simplement habillée d’un pantalon et d’un t shirt suivie par une Estela métamorphosée par le bonheur.
Les deux walkyries qui les avaient entendues s’étaient précipitées au-devant de leurs sœurs de cœur et les avaient prises dans leur bras en tournant sur elles-mêmes pour manifester la joie des retrouvailles.
Luana et Maurice étaient apparus sur la terrasse quelques instants plus tard. Estela s’était jetée dans ses bras et avait embrassé spontanément Luana. Guadalupe en grande bourgeoise s’était montrée plus réservée mais tout aussi sincère.
Elle s’était adressée à Luana :
- Je ne sais comment vous remercier de nous accueillir dans ce lieu enchanteur et de nous permettre de nous protéger du virus pulmonaire qui ravage Lisbonne. Je suis presque gênée de m’installer chez vous qui ne me connaissez pas.
Elle l’interrompit :
- Je vous connais déjà par le portrait que Maurice m’a fait de vous et vous êtes toutes les deux les bienvenues. Je vous ai fait préparer deux chambres et j’imagine que vous avez envie de vous rafraîchir avant le dîner.
Estela fit remarquer d’un un air embarrassé :
- Une seule suffira.
La maîtresse de maison la regarda avec tendresse et des larmes coulèrent de ses yeux.
Guadalupe gênée intervint :
- Estela est quelquefois un peu « cash », j’espère que nous ne vous avons pas choquée.
Luana afficha un immense sourire :
- Bien au contraire, je suis encore plus ravie de votre présence !
Le visage des deux femmes s’éclaira en apprenant qu’elles intégraient une communauté dans laquelle leur orientation affective serait respectée .
Luana ajouta avant de les laisser rejoindre leur chambre :
- Le dîner est servi à 20 heures. la cuisinière a préparé ce soir une cataplana de palourdes et une tarte aux amandes...
Les deux amoureuses étaient un peu en avance sur la terrasse et admiraient la beauté absolue du spectacle du coucher de soleil sur la mer qui embrassait toute la colline. Elles se tenaient par la main pour partager l’émotion suscitée par cette perfection esthétique
et avaient été rejointes dans leur contemplation par les couples Stanford et Berkeley.
Brunehilde avait naturellement pris la main d’Estela tout comme Gudrun avait pris celle de Guadalupe et tous les six avaient formé une chaîne humaine pour communier autour de la splendeur qui s’étalait sous leurs yeux .
Ils avaient été tirés de leur méditation par l’arrivée de leurs hôtes qui avaient secoué la cloche qui annonçait le dîner.
Luana avait fait dresser une table ronde et la cuisinière avait posé au centre de la table la cocotte en cuivre dans laquelle la cataplana de palourdes avait mijoté une partie de l'après-midi. Une effluve d’odeurs d’épices, de citron et de fruits de mer s’en était échappée quand elle en avait soulevé le couvercle. Bien entendu, une assiette de jambon était destinée aux deux déesses.
C’était peut être dû à la douceur de l’air, à la lumière chancelante des chandelles, au vin local ou aux parfums de la nature mais tous avaient conscience de vivre un moment magique de sérénité, d’amour et de partage.
A la grande surprise des convives, Maurice qui ne s’exprimait que rarement ressentit le besoin de prendre la parole pour concrétiser ce moment unique avec des mots :
- J ‘ai passé ma vie à me taire mais j’ai besoin à cet instant d’exprimer tout le bonheur que je ressens. Je suis émerveillé par la famille d’adoption que j’ai devant moi. Il y a seulement quelques semaines je coulais des jours médiocres dans une ville pourrie et pluvieuse et aujourd’hui je partage mon dîner dans un décor de rêve avec la femme de ma vie et une nouvelle famille.
Auparavant, je regardais les heures s’égrener dans un fauteuil devant la télé alors que maintenant je participe à des cambriolages, des enlèvements et même à une guerre entre services secrets ! Ma vie est devenue brutalement passionnante et tendre.et je tenais à vous remercier pour ces moments inespérés auxquels vous avez tous contribué.
Tout le monde l’applaudit spontanément et Luana conclut :
- Oui nous sommes une nouvelle famille unie par des aventures communes malgré nos disparités mais il nous reste encore à nous découvrir pour cimenter notre groupe. Je vous propose de nous présenter les uns aux autres dès demain.
Les deux walkyries se regardèrent d’un air entendu : elles devaient choisir.




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